Sommaire Histoire
8 février 1871, Garibaldi est élu député de Nice
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Rappelons le palmarès de Napoléon III le Petit...
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Certains journalistes écorchent notre histoire
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Les Niçois et les Occitans : un désamour seculaire...
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Lou Presepi Nissart, coeur de la culture populaire niçoise
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Le nom de la jeune martyre niçoise enfin révélé
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30 mars 1707 : Mort du sieur Vauban bourreau de Nice et de Besançon
Giuseppe Garibaldi, Henri Sappia et Gonzague Arson...Trois grandes figures du séparatisme niçois…
15 et 16 avril 1860 : Le plébiscite truqué
Niçois et Provençaux... Histoire d'un contentieux séculaire...
Mars 1860 : le traité de Turin. D'après les archives diplomatiques
Mensonges historiques : ce que l’Empire a ponctionné à Nice en dix ans
1818 : "le comté de Nice" devient la "province de Nice"
Histoire de Nice : chronique des falsifications historiques habituelles
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Catherine Ségurane. Oui, notre héroïne a existé
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Catherine Ségurane, quand la mairie se prend les pieds dans l'étendard du Prophète
28 août 1944, libération de Nice
La Dédition du 28 septembre 1388
La Charte de la Dédition de 1388
Catherine Ségurane. Oui, notre héroïne a existé
C'est le 15 août, jour de l'Assomption, qu'eu lieu le célèbre fait d'arme de Catherine Segurane pendant le siège de Nice en 1543. Evidement c'est un porte-étendard turc qui a pris le coup de battoir, mais il valait aussi pour ses alliés francais qui commandaient l'expédition contre Nice, alors certains préfèrent oublier la participation de l'agression francaise... Le 25 Novembre, jour de la Sainte-Catherine, est traditionnellement, le jour où l'on célèbre Catherine Ségurane.
Mais le symbole de Catherine Ségurane est, parfois, quelque peu éprouvé : entre un petit grouspuscule qui détournent son symbole pour véhiculer des idées racistes, xénophobes et non-niçoises (en se cachant derrière Catherine en particulier et l’identité niçoise en générale), entre la légende où Segurane aurai montrée les "parties charnues" de son corps pour faire fuir l'assaillant plutôt que de se battre. Et pour finir la mairie qui commence par se prendre les pieds dans le drapeau du Prophète, avant de nier l'exisence même de Catherine Segurane !
Dans un fascicule de présentation de Catherine Ségurane, la mairie présente une version mi-figue mi-raisin : “un chroniqueur qui a vécu le siège, Jean Badat, n’évoque pas l’intervention de Catherine” et s’empresse de conclure : “Le personnage qui peut avoir existé mais dont l’existence n’est pas prouvée, n’apparaît que bien après et revêt très vite les caractères du mythe.”
Voici le point de vue d'Alain Roullier, historien et auteurs de nombreux ouvrages sur Nice, au sujet de l'existence ou non de Catherine Segurane : « Les Français, par l’intermédiaire de leurs valets déguisés en Niçois, ont tout intérêt à nier l’existence d’un personnage qui représente la résistance à l’agression française. Aujourd’hui, ils l’évacuent en douceur en le faisant glisser dans le mythe ; c’est une malfaisance de plus, ils n’en sont pas à une près.
D’ailleurs ils font une grossière erreur, car un mythe est toujours beaucoup plus dangereux que la réalité. Il existe une trop abondante littérature, une trop riche iconographie et surtout une trop forte empreinte dans l’inconscient collectif niçois, pour que cette héroïne niçoise n’ait pas réellement existé, d’ailleurs, il n’y a jamais de fumée sans feu. La plupart des grands mythes historiques sont devenus un jour réalité : on a retrouvé les ruines de Troie et le trésor du roi Priam, celui du roi de Mycènes, le tombeau empli d’or de Philippe de Macédoine, celui de Toutankhamon ; en Palestine, les archéologues ont retrouvé des villes disparues et des sites dont parlait la Bible ; on pourrait citer une page de personnages, de faits ou lieux mythiques dont l’existence a été prouvée. Quand on cherche, on trouve. Quand on veut surtout ne pas trouver, on ne cherche pas. Le sujet demanderait des développements, mais je simplifierai. Ce qui est historiquement prouvé c’est que les Niçois ont brusquement repoussé l’assaut turc le 15 août 1543 et qu’ils ont pris une enseigne à l’ennemi, ce qui a entraîné leur déroute momentanée. Pourquoi Badat n’a-t-il pas parlé de Catherine, et pourquoi le nom de Ségurane qui est un dérivé de faucher, hacher, couper, ce qui colle trop parfaitement au personnage pour être vrai ? A mon sens, la question amène la réponse.
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Ceux qui butent sur le nom de Ségurane ont une vision d’aujourd’hui où tout est précis et catalogué ; ce ne sont pas de vrais historiens, car un historien doit impérativement décoder son mode de vie et de pensée pour le remplacer par celui de l’époque qu’il étudie. Comment voulez-vous expliquer les actes de Charlemagne si vous lui prêtez vos pensées ? Au XVIe siècle, à Nice, les noms n’étaient pas encore fixés, on les orthographiait différemment, on les confondait avec les surnoms sauf évidemment pour la bourgeoisie, les gens connus, les patriciens inscrits à l’Armorial (et encore, puisque j’ai vu le nom de certains lointains ancêtres maternels orthographiés faussement dans certains actes). Or, Catherine était une fille du peuple, sans doute de très basse condition, et il est probable que personne ne connaissait ou ne se rappelait son nom, des années, bien des années après son exploit. Il faut savoir qu’en cas d’attaque de Nice, tous les Niçois montaient aux remparts pour seconder les troupes régulières. Chaque corporation : tonneliers, chaudronniers, pêcheurs etc., défendait un bastion ou une portion de remparts.
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Des femmes allaient et venaient, apportaient des boulets, de la poix, des pierres ou des vivres. Que s’est-il passé le fameux 15 août ? Une solide et jeune bugadière, battoir pendu à la ceinture, aidait à la défense et courait d’un poste à l’autre ; à un moment, elle se trouve sur le bastion Sincaïre, très ébranlé par les canons ennemis à un moment où les soldats faiblissent et lâchent pied. Elle voit apparaître la tête d’un assaillant et une enseigne au ras d’un créneau détruit ; tout simplement, elle fait ce que nous aurions fait ; comme elle n’a pas d’armes, elle se saisit de son battoir et frappe de toutes ses forces ; elle voit l’enseigne pencher, la saisit et la brandit à bout de bras ; l’ennemi se débande. De multiples actes héroïques ont dû se produire durant ces combats et celui de Catherine n’est que l’un d’eux, à la différence près qu’elle a arraché une enseigne ennemie. Mais la bataille continue et la ville basse tombe le 22 août ; les Français pillent et ravagent, les Turcs brûlent le couvent de la Sainte-Croix, violent les religieuses, montent dans les vallées et ramènent un millier de prisonniers pour les vendre comme esclaves (ils seront heureusement délivrés en mer par Doria) ; on a d’autres soucis que fêter Catherine qui disparaît dans l’anonymat d’où elle vient, peut-être même tuée.
Si un militaire avait pris un drapeau, l’affaire eût été autre. Néanmoins, le fait en lui-même, plus que le nom de l’héroïne, a marqué et demeure dans les mémoires. Quand un demi-siècle plus tard, la Maison de Savoie et Nice éprouvent le besoin de magnifier leur histoire, l’acte héroïque est évoqué tout naturellement. Mais voilà, qui est l’héroïne ? On se souvient qu’il s’agissait d’une solide bugadière, qu’elle n’était pas très belle, mais quant à son nom… Pour l’honorer, il faut pourtant lui en trouver un. Elle était forte, elle maniait le battoir comme une faux… Pourquoi pas Ségurane ? Son prénom ? Elle n’était pas mariée à l’âge où on l’était d’ordinaire, elle avait donc fêté les Catherinettes à 25 ans, voilà pour Catherine... Le secret de cette histoire n’est pas accessible aux catalogueurs professionnels, car il ne faut considérer que l’acte qui est véridique, pas le nom , qui d’ailleurs pouvait bien être “Maufacha”.
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Catherine Ségurane n’a peut-être jamais existé sous cette appellation, mais la bugadière qui a prit une enseigne à l’ennemi, oui. Qu’on l’honore sous le nom de Ségurane ou sous un autre, cela n’a aucune importance. On honore bien le soldat inconnu qui avait un nom que l’on a effacé volontairement ; Lénine s’appelait Oulianov, Staline (Homme de fer) se nommait Djougatchvili, Trotski s’appelait Bronstein ; le nom de la dynastie iranienne des Phalavi est un nom d’emprunt adopté par le fondateur, Kémal est appelé Atatürk, les Windsors anglais sont en fait des Hanovre-Saxe-Cobourg-Gotha, le nom de Romanov, éteint, fut repris par les Holstein-Gottorp, les Grimaldi sont des Gouvion-Matignon-Polignac. La liste est longue, sans compter les artistes et hommes célèbres que l’on connaît sous des noms d’emprunt : Montesquieu s’appelait Charles de Secondat et Montalembert, Charles Forbes ; sans compter les souverains et les papes qui changent de nom quand ils accèdent au pouvoir. Dans cinq siècles, des chercheurs qui butteront sur ces noms d’emprunt risquent d’annoncer que toutes ces personnes étaient des mythes… Honorons donc Catherine Ségurane, sans état d’âme, elle n’est pas un mythe. »
Catherine Ségurane, quand la mairie se prend les pieds dans l'étendard du Prophète
Notre Catherine Segurane a pris un drapeau aux Turcs le 15 août 1543, les services dits « culturels » de la mairie se prennent les pieds dedans encore aujourd’hui… On se demande comment des gens pourvus d’aussi médiocres connaissances peuvent être chargés des affaires « culturelles niçoises ». Dans un savant prospectus qui commence par insinuer que notre héroïne est un mythe, l’auteur, dans une belle envolée lyrique, écrit : « L’enseigne turc tombe, son drapeau, celui du Prophète, se retrouve dans les mains des défenseurs, et les assaillants se débandent… ». Eh bien avec le Saint-Suaire qui est resté quelques années à Nice, une épine de la couronne du Christ qui y est très discrètement conservée, le drapeau du Prophète qui doit être caché dans quelque placard, les anges qui veillent sur la baie. Nice va devenir une capitale religieuse !
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Toutes les représentations que nous avons de Catherine Ségrurane capturant le drapeau aux turcs la montre brandissant un drapeau rouge frappé de trois croissants d’or ; or, il est de notoriété publique que celui du Prophète était vert (le vert étant entre autre la couleur de l'islam)… les auteurs de cette ânerie doivent ignorer que les sultans de Turquie étaient à la fois califes de l'islam, dignité religieuse et empereurs, dignité civile. Ils étaient effectivement en possession de l'étendard du Prophète (ramené avec d'autres reliques à Istanbul par le sultan Sélim qui, après la conquête de l'Egypte, se les fit remettre par le dernier calife en titre en même temps qu'il lui arracha cette dignité). Selon la légende, cette simple pièce de laine verte mesurant douze pieds de long et ne portant aucune inscription servit de rideau à la tente d'Ayesha, épouse préférée du Prophète ; ce dernier (peut-être pour l'honorer) utilisa cette pièce de tissu comme drapeau durant les nombreuses guerres qu'il mena. Quand le sultan Sélim s'empara du Califat, il se fit remettre également, outre le fameux drapeau vert, le manteau du Prophète en poils de chameau, des poils de sa barbe, une de ses dents et l'empreinte de son pas dans l'argile, et ramena le tout dans sa capitale. Ces reliques était conservées précieusement au palais du sultan-calife, dans les appartements dits "de la Félicité". Le drapeau, enveloppé dans la bannière du sultan Omar, était placé dans un étui en bois incrusté de nacre et de pierres précieuses…
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En théorie, il devait être déployé symboliquement par le calif, "ombre de Dieu sur la terre", pour déclarer la "guerre sainte" et rallier les musulmans du monde entier. Mais il ne quitta jamais la capitale impériale et ne fut pratiquement jamais sorti officiellement de son fourreau, les sultans se contentant de menacer de procéder à ce rite mi-religieux, mi-guerrier, ce qui suffisait à mettre les récalcitrants à raison ; c'était en fait une arme dissuasive un peu comme l'est aujourd'hui l'arme atomique, l'uranium étant remplacé par la foi aveugle de millions de musulmans dans le monde. Il y a un peu plus d'un siècle à peine, le célèbre Habuld Hamid II, menacé par les puissances qui avaient mis la Turquie sous tutelle, tenta de se défendre en excitant la xénophobie ; il ne déploya pas le "saint étendard" mais se contenta de susurrer aux ambassadeurs occidentaux qui venaient lui extorquer de nouvelles concessions : “Vous connaissez les mots que peut prononcer le Commandeur des Croyants…" ; cette simple phrase était une menace précise contre les Anglais, les Russes et les Français ; le sultan signifiait en effet que, détenteur de l'étendard du Prophète, il pouvait ordonner aux musulmans d'Inde, de Russie, d'Afrique et du proche et Moyen Orient de se soulever. Cette pièce de laine verte, devenue relique historique après la mort de Mahomet, était donc un argument diplomatique, non une véritable enseigne de guerre. Tout à l'inverse, le drapeau impérial turc, rouge frappé de croissants d'or, flottait sur toutes les possessions turques et sur les champs de bataille. Le rouge était la couleur des anciens basileus de Byzance et les croissants marquaient la domination musulmane. C'est celui-là que brandissaient les janissaires turcs qui attaquèrent Nice en 1543 en tant que suppléants des forces françaises de François Ier ; ce qui est confirmé par toute l'iconographie sur Catherine Ségurane. Cette guerre contre la Maison de Savoie n'était pas "sainte" et le drapeau vert n'avait nullement été déployé, il reposait paisiblement dans son écrin à Istanbul. D'ailleurs si le drapeau du Prophète était tombé entre les mains des Niçois, le monde entier en aurait parlé comme d'une victoire plus éclatante que celle de Lépante et les Turcs auraient certainement cessé immédiatement leurs assauts contre notre ville.
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La Turquie moderne a toujours pour emblème un drapeau rouge frappé d'un croissant et d'une étoile. Le véritable drapeau du Prophète, et les reliques citées plus haut, sont aujourd'hui conservés dans un palais-musée d'Istanbul, comme des pièces historiques, non comme des symboles religieux vénérés par les foules. Celui qui a rédigé le prospectus municipal a beau jeu d'insinuer que Catherine Ségurane est un mythe, mais en inventant sottement "qu'elle a pris l'étendard du Prophète" pour enjoliver les choses, il ne craint pas d'en créer un, véritablement inepte, celui-là… L'auteur ignorait que l'étendard en question existe et que son histoire est connue. A la mairie de Nice, on n'a pas l'air de savoir que pour assumer efficacement un poste culturel, il faut un minimum de connaissances historiques.
Mais il y a pire, puisque après le drapeau du Prophète, on nie tout simplement l’existence de Catherine Ségurane ...
Mars 1860 : le traité de Turin. D'après les archives diplomatiques
Le 1er mars 1860, Napoléon III déclarai lors de l’ouverture du Corps Législatif : « En présence de la transformation de l’Italie du Nord, qui donne à un état puissant tous les passages des Alpes, il était de mon devoir, pour la sûreté de nos frontières de réclamer les versants français des montagnes. Cette revendication de territoire de peu d’étendu n’à rien qui doive alarmer l’Europe… La France ne veut procéder à cet agrandissement, quelque faible qu’il soit, ni par une occupation militaire, ni par une insurrection provoquée, ni par de sourdes manœuvres, mais en exposant franchement la question aux grandes puissances… L’important remaniement territorial qui va avoir lieu nous donne droit à une garantie, indiquée par la nature elle même… » Napoléon III de sa propre autorité décidait donc que « le versant des montagnes alpines était français », il indiquait qu’il allait s’emparer de ces territoires « comme garantie » ; de même il prétendait qu’il n’avait pas ourdi « de sourdes manœuvres », alors que ses agents à Nice intriguaient depuis longtemps, et susurrait « qu’il n’opérerait pas une occupation armée » alors que l’armée française envahira Nice le 1er avril 1860, soit quinze jours avant le plébiscite ; de même il « n’inciterai pas à une insurrection provoquée » ; ce qui était évidemment impossible, compte tenu du peu de partisans qu’il avait dans le comté de Nice..
A Nice, ce fut l’explosion de colère : le discours du Trône de l’empereur des français comme la réponse favorable de Victor Emmanuel II étaient attentatoires aux libertés de la ville. Le journal niçois Il Nizzardo reproduisit sur sa premier page l’article de la dédition de 1388 dans lequel le chef de la Maison de Savoie s’engageait pour lui et ses successeurs « A ne jamais aliéner Nice en faveur de n’importe quel prince que ce soit et encore moins au roi de France ». Cavour se plaignit à son ministre à Paris de l’attitude française ; le 3 il lui écrivit : « Le discours de l’empereur nous a pris à l’improviste et si nous avions été prévenus nous aurions pu préparer les esprits… mais ce qui est fait est fait, maintenant il faut combiner un moyen d’arriver au vote. En Savoie, je persiste à croire que le parti Français l’emportera. Il n’en est pas de même du comté de Nice. A moins que l’on exclue toute la vallée de la Bevéra et une portion du littoral… » Ce courrier de Cavour est fort instructif à plus d’un titre : il parle de « combine », il confirme que les Niçois ne veulent pas de l’annexion et il donne la solution au « problème » : exclure une grande partie des habitants du vote dont la portion littorale, c’est à dire la ville de Nice… C’est exactement le plan mis en pratique par les envoyés de Napoléon III
A Nice, le parti Niçois annonça pour le 4 mars au soir une manifestation monstre au Théâtre Royal. Le journal pro-français l’Avenir écrivait lui « Le doute n’est plus permis sur l’annexion… Certains agitateurs croyant peut-être faire reculer le gouvernement français et changer la face des évènements, pousse ouvertement au désordre… » Le soir du 4 mars, le Théâtre royal était comble. L’hymne royal fut joué plusieurs fois et longuement acclamé. Après la manifestation les esprits s’échauffèrent et la foule se porta au Théâtre Tiranty ou s’étaient réunis les bourgeois pro-français. A l’entracte, la plantureuse Marie Maubrun déclama avec des trémolos dans la voix « Nice française » que son amant Théodore de Banville avait composé pour bénéficier des faveurs impériales. Outre le fait que ce texte insipide ne fait pas honneur à son auteur, il rappelait de très mauvais souvenir aux Niçois ; au passage : « Napoléon, ce nom vit encore en nos âmes » des sifflets retentirent ainsi que des cris « Vive le roi ! Vive Orsini » La guerre des Théâtres et les manifestations se poursuivirent durant tout le mois… Banville écrivait des odes pro-française, mais résidait prudemment à Monaco, laissant à sa maîtresse le risque de les déclamer à Nice. Les écrivains Niçois lui répondaient dans La Gazette d’Arson par des vers le ridiculisant… Cavour était dans une situation difficile du fait de la résistance des Niçois ; Bixio son envoyé à Paris lui adressa une missive qui faisait état de la nervosité du gouvernement « … je dois vous le dire, le gouvernement français veut la Savoie et Nice ; il les veut sur le champ, puisqu’il sait qu’il les aura… On veut de nous une cession dans une forme inconstitutionnelle, mais on le veut si fermement que dans ma conviction, il faut que vous l’accordiez sur le champ, avec bonne grâce, de manière à avoir le mérite de la concession faite… Il faut que vous rendiez à l’Italie un immense service, il faut que vous ayez le courage de faire une énormité, il faut que vous n’exposiez pas l’Italie et le roi aux conséquences d’un refus, il faut vous exécuter immédiatement… La raison d’Etat, le salut de l’Italie, vous font une loi de céder sur le champ la Savoie et Nice… »
A Nice, la situation se dégrada encore ; les ouvriers manifestaient en masse contre l’annexion. Le 6 mars l’ambassadeur français Talleyrand télégraphia à son ministre, Thouvenel : « Le parti italien s’agite, redouble d’intrigues, provoque des manifestations auxquelles le parti français se croit forcé de répondre. La moindre rixe peut amener de plus graves désordres et mettre en jeu le but que nous poursuivons… » L’Italie politique n’existait pas à cette époque, ce qu’il appelait « le parti italien » c’était le peuple Niçois qui refusait l’annexion. Le 7 la tension monta encore d’un cran à Nice : un libraire afficha dans sa vitrine un grand portrait du comte Félix Orsini (qui avait tenté d’assassiner Napoléon III en 1858 et avait été exécuté), sous le portrait un placard annonçait une nouvelle manifestation contre l’annexion, pour le onze au matin à l’église du Vœu. Orsini avait résidé à Nice près de la plâtrerie Léotardi à St-Pons, et son portrait disparut bientôt sous un monceau de fleurs… Le 9 mars la junte municipale (sorte d’organe de direction du Conseil municipale) se réunit : elle expédia les affaires courantes et ne procéda toujours pas à l’élection des vice-syndics, laissant ainsi les mains libres au syndic Malausséna. Le 11 à l’Eglise du Vœu, l’abbé Cougnet, l’un des rares prêtes opposé à l’annexion après avoir recommandé « calme et modération mais foi et courage » aux fidèles en fureur, célébra la messe avec une intention particulière : demander à Dieu « qu’il protège Nice de la terrible catastrophe que la menaçait ».
Le 12 mars, Victor-Emmanuel signa le second traité secret qui cédait à Nice et la Savoie à la France, étant entendu « que le gouvernement et celui du roi de Sardaigne se concerteront sur les meilleurs moyens d’apprécier et de constater la volonté populaire ». Comme les Niçois manifestaient tous les jours contre l’annexion, l’ambassadeur français Talleyrand, écrivit à son ministre : « Cavour prétend qu’à Nice, il y aura d’assez grandes difficultés à surmonter… Je crois qu’il serait grand temps d’aviser au moyen de faire prévaloir notre influence dans cette province… ». L’empereur dépêcha alors à Nice son homme de main Piétri (ancien préfet de police de Paris, puis sénateur) avec tous pouvoirs et un crédit illimité ; Piétri était le spécialiste des plébiscite truqués sur lesquelles reposa le second Empire…. 
Le 15 mars, la junte municipale se réunit d’urgence et décida à l’unanimité (sauf Auguste Gal) sur la demande du chevalier Gonzague Arson d’envoyer une délégation au roi afin de demander la neutralisation du comté pour éviter sa cession à la France. Le 20 La Gazette publia une pétition signée par 189 personnalités qui refusaient l’annexion. Les manifestations se poursuivaient à Nice et à Paris on s’impatientait. Nigra, l’ambassadeur sarde à Paris écrivit à Cavour : « … Je crains qu’un beau jour l’annexion ne se trouve faire par un décret inséré au Moniteur et par occupation militaire… M. Thouvenel m’à lu son programme sur la marche des troupes françaises et sur leur occupation de la Savoie et de Nice. Evidemment, c’est une prise de possession qu’on tente par des moyens qui ne semblent pas très honorable… » Dans un autre courrier à Cavour, il fut encore plus précis : Le gouvernement français ne voulant pas s’exposer à la possibilité d’un échec éventuel, n’admet pas la votation préalable en Savoie et à Nice. Il n’admet même pas que l’on considère dans le traité une stipulation précise sur le mode de constater le vœu des populations. Il veut une cession pure et simple… Dès le traité signé, les troupes françaises venant de Lombardie occuperaient Nice et la Savoie… On éviterait les dangers qui résultent de la condition actuelle des choses dans les pays submentionnés… »
Napoléon III voulait en finir et pas par un plébiscite, par un coup de force. Son ministre Thouvenel télégraphia à Talleyrand : « L’empereur donne l’ordre à M. le Maréchal Vaillant de commencer l’évacuation [de l’Italie] par la corniche et le Mont Cenis. M Benedetti nommé plénipotentiaire avec vous part ce soir avec pleins pouvoirs. En présence du dernier paragraphe de l’article Ier du traité, la convocation des collèges électoraux à Nice et en Savoie est impossible sans entente avec nous. » Les troupes françaises venant d’Italie allaient donc entrer à Nice par la Corniche et en Savoie par le Mont Cenis… Cavour Céda : « Je suis parfaitement d’accord sur la convenance de procéder immédiatement à la stipulation d’un traité public » Cependant, le 21 mars, L’Avenir évoqua une dépêche parvenue de Londres où le parlement voyait l’annexion d’un très mauvais œil : « M. Kinglake a déclaré aux Communes qu’il a appris que la municipalité de Nice a voté une adresse pour demander de rester unie au Piémont et si cela était incompatible avec la sécurité des frontières françaises, de former un Etat indépendant. L’adresse a été expédiée à Turin. M. Kinglake demande si le ministre à des informations à ce sujet. » Pour prendre de vitesse le parlement Anglais qui eut été favorable à l’indépendance et à la neutralisation de Nice, Napoléon III, en personne cette fois, adressa un ultimatum à peine déguisé au roi de Sardaigne : ou ce dernier cédait Nice et la Savoie, ou il le laissait seul face aux Autrichiens en Italie … : « Je désire de tout mon cœur continuer à être utile à la cause de Votre Majesté [en Italie] mais il faut qu’Elle m’aide et que la question de Nice et de la Savoie soit immédiatement tranchée. Si votre gouvernement ne prend pas des mesures énergiques en présence du mauvais vouloir que formule l’Angleterre, je prévois es plus grand malheurs, car aujourd’hui, la France ne renoncera jamais, pour rien au monde, à ces deux provinces… »
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Une lettre de Bixio à Cavour indique clairement la position française : Vous voulez que le parlement [sarde] appelle les population à se prononcer elles-mêmes sur leur sort. Mais je dois vous le dire, le gouvernement français ne l’entends pas ainsi, Il veut la Savoie et Nice. Il les veut sur le champ parce qu’il sait que lorsqu’il les aura annexées à la France, les puissances qui cherchent en ce moment à entraver l’annexion prendront leur parti d’un fait accompli, et puis parce qu’il ne veut pas s’exposer à un échec possible… Je n’en finirai pas si je devais vous dire tout ce que le chauvinisme français concevra contre vous de dépit et de colère s’il était déçu dans son espoir d’annexer la Savoie et Nice… » Benedetti plénipotentiaire français fut encore plus clair : « L’empereur veut absolument Nice et la Savoie, lors même qu’il aura contre lui l’Europe entière. »
A Nice et dans le comté, Piétri avait organisé une formidable campagne de corruption et de déstabilisation des élites et du clergé niçois, aidé par le journal pro-français l’Avenir de Nice, le Consul de France Pillet, et quelques bourgeois pro-français dont le riche banquier Tiranty ; l’or coulait à flot et les promesses encore plus ; il promit aux avocats que la Cour d’Appel serait conservée, aux notaires qu’ils feraient dix fois plus d’affaires, aux prêtes un traitement supérieur ainsi qu’une retraite dorée et aux syndics qui demandaient une fontaine pour leur villages, il en promettait deux ! Pendant que le peuple continuait à manifester son opposition à l’annexion, la délégation de la junte municipale était arrivée à Turin pour demander la neutralisation de Nice. Cavour, habille, reçut fort bien les Niçois mais leur fit attendre quelques jours l’audience royale ; le 24 mars le traité public fut publié et leur tentative devenant inutile, ils repartirent bredouilles… Une frégate française La Foudre mouillait déjà dans la rade de Villefranche.
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Au théâtre Tiranty lieu de rendez vous des bourgeois pro-français, eurent lieu de graves incidents. Pendant que Marie Maubrun entonnait « le vœu de Nice », hymne célébrant l’annexion, la foule qui avait envahi le théâtre criait : Vive le roi ! Vive Orsini, mort à Napoléon ! Des marins de La Foudre présents dans la salle faillirent provoquer un incident diplomatique en s’attaquant aux Niçois et aux carabiniers sardes qui s’étaient interposés. Les marins Français se conduisaient déjà en pays conquis ce qui exaspéra davantage le peuple. Le 27 le roi signait à Turin la renonciation officielle à tous ses droits sur la Savoie et sur Nice ce qui de facto déliait les Niçois de l’engagement de 1388. En droit, ils étaient libres. Afin d’empêcher le conseil municipal de Nice de tirer des conclusions de cette renonciation en proclamant immédiatement la ville commune libre et indépendante, l’acte royal ne fut publié que le 1er avril : le même jour, les troupes d’occupation françaises pénétraient à Nice… L’annexion était faite ; il ne restait plus à Piétri qu’à truquer grossièrement le plébiscite, qui eut lieu quinze jours plus tard pour la forme, afin de donner le change aux puissances européennes, dans une ville déjà sous administration civile et militaire française…
Dans le prochain numéro : Le plébiscite truqué.
Honneur aux Barbets
De 1792, date de l'invasion du comté de Nice, jusqu'en 1814, la soldatesque révolutionnaire (devenue ensuite impériale) s'est rempli la panse, les poches et a acheté godasses et fusils avec l'argent volé aux habitants du Pays de Nice, des centaines de résistants ont été assassinés par l'occupant. Mais le terme " Barbet " est bien trop vague et romantique, ces héros étaient nos ancêtres, ils étaient des êtres vivants et portaient des noms que nous portons encore. Il convient de leur rendre leur identité. Ne pouvant les citer tous, tant il y en eut, nous nous contenterons de nommer ceux qui furent exécutés à Nice, en l'an 8 et 9 de la République comme ils sont consignés dans les courriers du général Garnier, l'un des bourreau du Pays de Nice :
ALEXIS Ludovic, de la Bollène
ALLUVINA Joseph, de la Turbie
AMICI, d'Utelle
ANTO Testoris Camille, de Lantosque
BOERI Horace, de Nice
BOVIS, d'Utelle
BARRAJA Jean dit Bolla, de Berre
BRUNI Pierre dit Il Ferraro de Vintimille
(Abbé) BONIARD Thomas, dit Quisson
BENSA Honoré, de Tende
BLANCARDI, de Sospel
BELLON frères, de Nice
BERMOND Claude, de Nice
BAILET André, de Tourette
BAILET Jean, de Tourette
BRES André, de la Turbie
BARAL Paul, de la Turbie
LAMBERT Bernard, de Val de Croix
BESSON Joseph, de la Bollène
BIASSE Antoine, de la Bollène
BAUTIN Joseph, de l'Argentière
BACQUI Sébastien, de Vinay
BERGES Antoine, d'Aspremont
BONET Baptiste dit Cogulon, de la Trinité
BLANCARD Joseph, de Levens
BOVIS dit Calliot, de Levens
BERMOND dit Roustignun, de Peille
BEZIO Etienne, d’Isola
CONTIN François, de Drap
CINTON Mari, de Bendejun
CAPATI (Comte) de Berre
CONTES de Berre
CRISTINO dit l'Aoust, de Figareto
CORNIGLION dit le Traiteur, de Roquebilière
COPON, de Nice
CASTAGNERO dit Meglio, de Nice
CASTELLANO François dit Guiliardo, de Nice
CAUVIN Dominique dit Barilier, de Nice
CASTEL Joseph, de Nice
CABAGNE Claude de Tende
CUGGIA Joseph, du Montgros
CANE François, d'Isola
CORNILLON ex officier Sarde
CONTE Annibal
CARLES Baptiste, d'Aspremont
GIRAUD J. Antoine, d'Aspremont
DAUMAS André dit Cagagne
DOURGAUT
DENAVIS Laurent, de Levens
FERRUSI frères, de la Bollène
FULCONIS François dit Lalin, de l’Escarène, tué en montagne; son cadavre fut cloué sur la porte de la maison de sa mère, à l'Escarène, puis transporté à Nice et traîné à la voierie.
FALQUI aîné et cadet, de la Bollène
FARAUD Antoine dit Lou Pebre, de Levens
FARAUD Dominique, pharmacien de Levens
GALI, Prieur, de Châteauneuf
GAGLIO Jean, d'Utelle
GAL Jean-Baptiste, de Lucéram
GAUDENZI, de l’Escarène
GIOAN Antoine, de Coaraze
GROUPET Félix, de Valcrose
GAZILLE Jean-Honoré dit Pedrin, de Coaraze
GRINDE Joseph dit Darbous, de Coaraze
GIERNI Albert, de Roquebilière
GARRACIO François, de Ste Agnès
GARRACIO Jacques dit Jacquenotte, de Ste Agnès
GILETTA Barthelemy, de Levens
GIBELLI J-B, de Camporosso
IMBERT, de Duranus
ISOARD, de Duranus
IMBERT Antoine dit Barbier, de Ste Agnès
JAUME Pierre dit le Borgne, de Berre
JOURDAN André, de Coaraze
JAUME Ludovic, de Pigna
JOANFROI Etienne, de Levens
LAURENTi Esprit dit Pan-d'un-Soù, limonadier à Nice
LAIGIER, de Tourette
LIMON, de Peille
LANTERI Etienne, de laTurbie
LAURENT Etienne, notaire à Levens
MACARIO Jean-Baptiste
MACARIO Pierre
MARTINET, du Toët
MOISINS Joseph dit Rabassin, d'Utelle
MAZENAT Pierre
MASSIERA, de la Bollène
MASSENA Jean-François dit Lou Garri, de Levens
MICHEL Jean-Baptiste dit Totoran, d'Aspremont
MARTIN Claude, de Nice
MASSALI Joseph, de Ste-Agnès
MALAUSSENA frères
MILLO Honoré, de Nice
MILLO Félix, de Coaraze
MILLO Louis, de Peille
MALBECHI Jérôme, de la Bollène
MARAUDI Augustin, de Levens
MARTIN Jacques, d'Apricale
MARTIN Joseph, d'Yvernaz
MATHIEU dit Sinton, de Coaraze
NOLLO J-B, de Pigna
ORENGO, (muletier) de Breil
PONS François, d'Aspremont
PASSERON Pierre Louis, d'Utelle
PELLEGRIN Antoine, de Roquebillière
PASSA Ange, de la Bollène
PEIRANI J-B dit le Caporal, de l’Escarène
PASTOUR Jacques, de l’Escarène
PASTOUR J-B, de Ste-Agnès
ROUX Voliere, de Tourette
REGIS Scipion, de Clans
RICHIER, de Valdeblore
RICHIE Honoré, perruquier à Nice
RICHIER André dit Contin, de Drap
RUBINI ex-lieut piémontais, de la Bollène
ROSTAN François dit Polidore, de l’Escarène
REVEL Antoine, de Ste-Agnès
ROUS Thomas, de Saorge
ROSTAGNI, de Breil
RAYBAUD Honoré dit Paris, de St-Martin du Var
REVELAT Pierre dit Figon, de St Etienne
SIMON Grégoire, de Bendejun
STEVA J-B dit Barabam, de Saorge
SEREN J-Marie, de Duranus
SUQUET Honoré, de Levens
SALAMITO Joseph, de Villars
TABACOU J-François, de Lantosque
TRUQUI Ange, de la Bollène
THAON Paul, de Nice
UGO Jacques, de Roquebilière
VALLAIGAI, de Sospel
VERAN frères, de La Trinité
VERAN Esteve, de Lantosque
VERAN Maurice, de Peille
VERAN Charles, de Peille
VIOLIN, de Coni
VEROLA Jérôme dit le Doreur, de La Roquette
Cette funèbre énumération trouvée dans les papiers du général Garnier est très incomplète car elle ne fait pas mention des Barbets tués en montagne ou encore exécutés dans les villages, mais uniquement à Nice et en seulement deux ans, alors que l'occupation française dura vingt-deux longues années. On comprend que le journaliste Niçois Joseph André ait écrit avant l'inauguration à Nice en 1896 du monument du Centenaire (de l'invasion de 1792) : " Ce monument est une insulte à la mémoire de nos pères ".
Outre les fusillés, il convint de citer également les Barbets en fuite pourchassés par les autorités françaises qui avaient pris les dispositions suivantes : " Arrêté d'élimination du Ministre de la Police Générale du dix-neuf Germinal, An neuf de la République Française - Deuxième supplément "
FIANSON cadet, Augustin, de Nice, serrurier
FIGHIERA Vincent, cultivateur
FIGHIERA Pierre, cultivateur
FARAUT Augustin, tisseur de toile
FAUSSAT Pierre, cultivateur
FAUSSAT Antoine, cultivateur
FARAUT Maurice, chaudronnier
FRANCO Pierre, cultivateur
FLORES cadet, Augustin, serrurier
FIGUIERA Jean-Baptiste, cultivateur
GASSIN Antoine, cultivateur
GASSIN Joseph, cultivateur
GASSIN Pierre, cultivateur
GUILLONDE fils, Antoine, cultivateur
GILLI Paul, cultivateur
GILLI Pierre, dit Cristalet, cultivateur
GIOFFRET Honoré, maréchal-ferrant
GIUGLARIS Charles-Antoine, cultivateur
GUIRAN Denis, cultivateur
GRINDE Baptiste, cultivateur
ISNARD Constant, cultivateur
LEA Antoine, meunier
LAMBERT fils, cultivateur
LAMBERT Carlin, cultivateur
LAMBERT Baptiste, cultivateur
LAUGIER François, cordonnier
MURATOR Pierre, cultivateur
MARS Charles, cultivateur
MAURELLE Pierre, cultivateur
MARS frère, André, cultivateur
MARTIN Baptiste, cultivateur
MARC Marc-Antoine, orfèvre
MARGUERITE Marguerite, domestique de Ravan, prêtre
MAISTRE Baptiste, maréchal-ferrant
MAIFFRET François, cultivateur
VIZIAN André, dit Besto, muletier
VIGNON Isidore, cultivateur
VIGNON François, cultivateur
VIZIAN Jacques, dit Besto, muletier
VIZIAN fils, Jean, dit Besto
VIZIAN cadet, cultivateur
Notons d'abord le terme très clair " d'élimination " et précisons aux lecteurs que nous n'avons pas présentement en notre possession le " premier supplément ", mais le second suffit amplement à comprendre l'ampleur de la férocité de la répression contre les résistants Niçois.
La France les appela bandits (comme il n'y a pas si longtemps l'occupant et les collaborateurs qualifièrent les résistants de terroristes) alors que tous avaient un métier et que l'on trouve même parmi les suppliciés et les fugitifs de l'An neuf, un notaire, un pharmacien, un orfèvre, un officier, un prêtre, un limonadier, un cordonnier, des cultivateurs, tous les représentant la société du Pays de Nice, à l'époque. Refuser de les honorer par un nom de rue dans notre ville est une indignité sans nom, mais quand nous aurons chassé ceux qui piétinent notre histoire, pourrissent notre présent et hypothèquent l'avenir de notre jeunesse, nous leur attribuerons une avenue et une place ; il n'en manquera pas dès lors que l'on aura débaptisé tous les lieux qui portent des noms de traîtres à Nice. Pour l'instant nos héros doivent nous servir d'exemple et nous rassembler pour arracher Nice des griffes de ceux qui sont en train de la détruire.
N'entendez-vous pas les voix de toutes ces ombres invisibles à qui nous avons aujourd'hui rendu leur nom ? Ils étaient comme nous de chair et d'os et ils nous crient : Résistez !
Voilà les résistants Niçois que la première république voulait " éliminer ".
Honneur à nos Barbets !!! Liberà Nissa !!!
Mensonges historiques : ce que l’Empire a ponctionné à Nice en dix ans
Après la chute du Second Empire, au moment où les Niçois voulaient se séparer de la France, la IIIe République fit établir le compte des sommes dont avait bénéficié le département des A.M. durant les dix ans précédents, pour tenter de prouver les bienfaits français durant dix ans d’annexion. Ce chiffre officiel se monte à 63 869 183,58 F (Franc Germinal). Il est précisé que Nice a bénéficié de vingt millions sur cette somme, soit 31,31 %. Mais il est inclus faussement dans ce total la somme de 39 955 671,69 F qui représente le coût du chemin de fer du Var à la frontière italienne, alors qu’elle n’a pas été payée par le gouvernement français ; c’était en effet un investissement privé des capitalistes français dans une affaire commerciale qui leur rapporta mille fois plus. L’Etat n’a donc déboursé en réalité que 23 913 511,89 F en investissements dans les A.M. en dix ans, soit 2 391 352 F par an, dont 31,31 % pour Nice ; soit une moyenne de 748 732 F annuellement, ce qui est parfaitement ridicule.
En revanche, toujours selon les chiffres donnés par la République, les recettes de l’Etat se sont montées à 5 702 050 F pour l’année 1869 “dans la contrée annexée” et non dans le département des A.M tout entier. On peut donc évaluer très raisonnablement les recettes de l’Etat entre 45 et 50 millions en dix ans dans le seul Pays de Nice, alors qu’il n’a réinvesti durant la même période que 23 913 511,89 F dans tout le département des A.M. et 7 637 659,20 F seulement à Nice… L’Empire avait truqué le plébiscite et la République truqua les chiffres en incluant faussement dans ses investissements le prix du tronçon de chemin de fer, du Var à la frontière italienne, dont l’Etat français ne paya pas un centime, alors qu’il récupérerait gratuitement le réseau 80 ans plus tard ! En fait de “cadeau” du chemin de fer, la France, selon ses propres chiffres, donne la preuve du pillage éhonté de Nice. Les fonctionnaires qui avaient envisagé cette objection on ne peut plus fondée au sujet du chemin de fer, y avaient répondu par avance avec un argument tellement inepte qu’il est insultant pour l’intelligence des Niçois : “Sur cette somme énorme, le chemin de fer figure pour près de 40 millions. On a critiqué vivement cette façon de compter ; pourtant les chemins de fer appartiennent à l’Etat et les compagnies n’en sont concessionnaires que pour un temps déterminé. L’Etat entrera un jour en leur possession et il est juste de les faire figurer à son actif…” ! L’Etat français n’a pas investi financièrement dans le chemin de fer, il le récupérera gratuitement et cette fabuleuse affaire est présentée comme un cadeau aux Niçois !
8 février 1871, Garibaldi est élu député de Nice
L’empire s’effondre
Le 4 septembre 1870, le second empire s’effondrait dans la défaite et la honte. Napoléon III enfermé dans Sedan s’était rendu aux prussiens, la France était envahie et Paris menacé. Le gouvernement de la Défense nationale s’était replié à Tours et l’assemblée nationale à Bordeaux. La situation militaire s’était aggravée les mois suivants, et dans la capitale assiégée et affamée, les Parisiens mangeaient des rats, après avoir dévoré tous les animaux du jardin des plantes.
Garibaldi, bien que malade était accouru de Caprera pour aider la république et avait levé un important corps de volontaires ; nommé général auxiliaire il avait pris à Dôle le commandement de l’armée des Vosges. C’est le seul général qui durant cette campagne prit un drapeau aux prussiens, celui du 61ème poméranien …
Baptême de la place Garibaldi et dictature à Nice
A Nice la situation était tendue ; dès l’annonce de la chute de l’Empire, par une dépêche télégraphique de Gambetta le 4 septembre au soir, ce fut une explosion de joie. Les Niçois, brimés pendant dix ans par la dictature impériale se soulevèrent. Le préfet ordonna au commandement de Saint-Quentin d’instaurer l’état de siège, mas sa proclamation aussitôt affichée sur les murs de la ville fut arrachée et les écussons impériaux partout arrachés ou martelés. Le peuple se porta en masse sur la place Napoléon, mit en pièces les plaques portant le nom et les armes de l’empereur et baptisa lui-même cette place au nom de son héros : Garibaldi.
L’administration servile et corrompue du maire François Malausséna s’évanouit en fumée et l’agitation ne cessa point car le peuple réclamait l’abrogation du traité de Turin qui avait permis l’annexion de Nice suite à un plébiscite truqué et à une occupation militaire. Le 24 septembre, le nouveau préfet, Baragnon pour bâillonner l’opposition sécessionniste niçoise, suspendit toutes les libertés publiques et, au nom de la République, instaura la dictature à Nice.
Garibaldi accepte d’être candidat à Nice
Les Niçois espéraient beaucoup en Garibaldi, qui en 1860 avait défendu Nice et ils s’interrogeaient sur sa présence en France. Vérani-Masin lui écrivit de Nice afin de lui demander « si son séjour en France devait être considéré comme un acte hostile à l’agitation des Niçois qui veulent revenir sur le traité et le plébiscite de 1860 ». Garibaldi répondit de Dôle, le 21 octobre : « La cause de la France précipitée dans le malheur par un vil despote est une cause sacrée à l’humanité toute entière. Vous connaissez mes principes et vous savez aussi ce que je pense de mon pays natal, mais je ne veux en aucune façon nuire à la République française. »
L’allusion à son combat contre l’annexion de Nice était claire. Le 6 novembre parut le journal séparatiste Il Diritto di Nizza dont le directeur était l’avocat journaliste Joseph André. Garibaldi fut de nouveau sollicité afin qu’il exprime son opinion sur le destin de Nice. Garibaldi répondit « qu’il ne combattait pas uniquement pour la république française, mais pour une république européenne qui réserverait à Nice indépendante un sort particulier ». Il précisera plus tard sa pensée : « Union complète des nations libres basée sur un pacte social dont le premier article serait l’impossibilité de la guerre ; Nice deviendrait capitale de cette union européenne » et ajouta « la position géographique de notre cité, sont climat incomparable et les avantages de toutes sortes qu’elle présente me poussent à ce choix plus qu'un orgueil de clocher ».
Thiers signa un armistice le 28 janvier 1871 avec les Prussiens. Ce répit devait être mit à profit pour élire une nouvelle Assemblée nationale qui déciderait de poursuivre la guerre ou signer la paix. Les Niçois et la Commission municipale sollicitèrent Garibaldi pour les représenter et il accepta en ces termes : « J’accepte la candidature de mon pays natale et je suis fier du choix dont il m’honore ». Quatre postes de députés devant être pourvus le Diritto di Nizza soutint également les candidatures des avocats Piccon, Bergondi et Borriglione, avec mandat impératif de demander l’abrogation du traité de Turin. Le nouveau préfet Marc Dufraisse désirant faire barrage aux Séparatistes niçois se présenta aussi à la députation ; dans un premier temps, pour flatter les Niçois, il fit mine de soutenir la candidature de Garibaldi mais bien vite, il abattit son jeu et déclara : « La candidature d’un préfet de la république à Nice et celle du général Garibaldi sont radicalement incompatibles ». Le préfet usa et abusa de tous les moyens de la préfecture pour faire sa campagne et fit même inscrire sur les listes des militaires français stationnés à Villefranche.
En effet, des forces armées importantes avaient convergé vers Nice ; des bateaux de guerres chargés de fusiliers marins mouillaient à Villefranche, appuyés au sol par la gendarmerie, la cavalerie, et même des canonniers avec leurs pièces d’artillerie. Pour renforcer cet appareil guerrier, le 5 et 6 avril la Garde nationale recrutée de force dans le département fut cantonnée dans les casernes de la Darse à Villefranhce. C’est ainsi que cernés par l’armée et la flotte française, les Niçois qui comptaient bien résister, se rendirent aux urnes le 8 février 1871.
Triomphe écrasant des Séparatistes niçois
Les élections se déroulèrent dans une ambiance électrique, et la marée indépendantiste emporta tout : Garibaldi fut élu avec un écart considérable de voix : il obtint 20 314 suffrages, Bergondi fut aussi élu avec 14 275 voix ainsi que Piccon avec 13 285 voix ; le préfet Dufraisse, représentant de la République, dépité, fut élu avec 12 585 voix dont beaucoup avaient été obtenues frauduleusement. Les trois députés élus sur un programme séparatiste totalisaient 47 874 voix (73,72%) et le représentant de la république 12 585 (26,28%). Nice exulta de joie et les drapeaux blancs frappés aux armes niçoises flottaient à toutes les fenêtres.
C’était un énorme camouflet pour la France car même les anciennes communes françaises rattachées au comté pour créer le département des Alpes-Maritimes, avaient massivement voté pour l’indépendance ! En outre Garibaldi, sans s’y être formellement présenté, avait été élu dans les départements de la Côte d’or, du Doubs, de l’Algérie et de... la Seine ! Paris où six mois avant régnait Napoléon III venait d’élire Garibaldi, son ennemi juré ! Garibaldi dira « j’ai été ému jusqu’aux larmes du vote de Paris ». Le 10 février, le Diritto di Nizza titrait : « Vice Nice ! » et l’on put lire sous la plume de Joseph André « … Nice a parlé ! Mais non la Nice des Piétri et des Pillet [agents français qui avaient truqués le plébiscite de 1860]... la Nice de Ségurane et de Garibaldi ! Le citoyen Dufraisse a renié Garibaldi car il est le chef du parti séparatiste ; Nice a l’unanimité a voté Garibaldi, donc citoyen Dufraisse, et selon votre propre logique, Nice est séparatiste, Nice ne reconnaît pas l’infamie de 1860… »
Les baïonnettes françaises dans les poitrines niçoises
La République allait à Nice poursuivre la même politique que l’Empire. Le préfet fit perquisitionner les locaux du Diritto et le supprima ; il réapparut sous le titre de la Voce di Nizza lequel fut lui aussi interdit. La victoire écrasante des députés indépendantistes provoqua un grand mouvement populaire, l’attitude du préfet n’arrangea pas les choses et Nice bascula dans l’émeute. Les Niçois voulaient l’abrogation du traité de Turin et après savoir par les urnes, ils l’exigeaient dans la rue. La police, puis la gendarmerie, débordées, durent se replier dans les casernes. Le préfet Dufraisse, employant les méthodes de Louis XIV, fit installer des canons de gros calibre dans le fort du mont-Alban et sur les hauteurs afin de canonner la ville en dernier ressort et deux vaisseaux de guerre vinrent mouiller en face du port Lympia. Le préfet jeta les fusiliers marins contre les Niçois ; on avait saoulé les soldats, leur disant qu’ils allaient se battre contre les Prussiens !
Henri Sappia témoin oculaire de ces événements, raconte dans Nice contemporaine : « Des troupes de renfort sont appelées de la caserne Saint-Dominique toute proche. De là commencèrent les sifflets et l’onde de la foule, croissant, repoussa jusqu’à l’intérieur de la caserne ces vainqueurs de sedan. Dufraisse et Carré, depuis les salons dorés de la préfecture entendirent les cris et sifflets et ordonnèrent aux marins de descendre à Nice et expliquer leurs prouesses aux « Prussiens » restés à l’intérieur. Nous avons entendu de nos propres oreilles, ces gaulois dire des Niçois : Ce sont des Prussiens ! Toute la rue de la Terrasse, le Cours et la place de la préfecture sont occupés militairement et la foule débouchant sur la place Saint-Dominique, voyant le déplacement de tant de gens armés, s’infiltre dans la rue du Gouvernement. Une formation importante de marins armés de révolvers et de fusils se fait entendre, et pendant que l’on voit les vitres qui tombent en miettes et s’éparpillent, l’on entend une décharge de mousqueterie. Plusieurs badauds sont blessés et sur de nombreux murs, les traces de ces balles laissèrent de profondes traces, que nous avons voulu constater de nos yeux avant de quitter Nice […] Aux marins saouls de tant de liqueurs bues dans les celliers de la préfecture, succédèrent les gendarmes à pied et à cheval… tard dans la nuit en passant par la place Saint-Dominique et la rue du Marché pour rejoindre par l’arc du Pont-Vieux, les remparts de la place Garibaldi, nous avons pu constater de nos yeux l’ivresse où se trouvait la soldatesque ».
Le témoignage du Commandant Magnan est aussi éloquent : « Le bataillon eut à intervenir pendant ce laps de temps à Nice, de concert avec la gendarmerie locale débordée et les marins de l’Etat, pour la répression des désordres et des troubles assez inquiétants provoqués par le parti dit séparatiste… Les gardes mobilisés montrèrent de solides qualités de discipline dans l’échauffourée du 10 février qui suivit l’élection de Garibaldi à la députation des Alpes-Maritimes et qui faillit dégénérer en une émeute sanguinaire ».
En effet ce bataillon composé de recrues des Alpes-Maritimes faillit passer à l’insurrection et pour le punir on l’envoya quelques jours Algérie pendant un mois. Le préfet fit arrêter plus de deux cent personnes dont beaucoup de notables : avocats, négociants, commerçants : ils furent traînés sur les bateaux ancrés à Villefranche. Beaucoup de Niçois furent déportés dans des prisons lointaines où à l’île de Sainte-Marguerite. Dufraisse n’en resta pas là, il lança un mandat d’arrêt contre l’avocat Borriglione, candidat conçurent non élu, qui réussit de justesse à s’enfuir à Gênes... « Les baïonnettes française dans les poitrines niçoises » comme dira Sappia, confisquèrent le vote séparatiste de Nice… Dufraisse élu député frauduleusement fut invalidé par l’Assemblée à la suite du discours de Piccon qui l’accusa d’être responsable des émeutes : mince satisfaction pour les Niçois qui pour la seconde fois en onze ans se virent privés de leur liberté par la force des armes. Officiellement, cet épisode n’existe pas dans l’histoire de Nice telle qu’elle est enseignée par l’université française. La presse italienne qualifiera pourtant l’insurrection de « Vêpres nissardes » allusion aux « Vêpres siciliennes » de 1282 au cours desquelles les Siciliens massacrèrent les occupants français.
L’invalidation de Garibaldi
Le 12 février l’assemblée de Bordeaux se réunit en séance préliminaire dans le Théâtre de cette ville ; 300 députés étaient présents ce qui ne représentait que la moitié du Corps législatif, les autres étaient attendus le lendemain. A deux heures précises, Garibaldi, quintuple député, simplement vêtu de sa chemise rouge, d’un poncho et d’un chapeau de feutre monta lentement les marches du grand Théâtre accompagné par Esquiros élu député de Marseille. Le peuple emplissait entièrement les tribunes réservées au public. Garibaldi avait connaissance des événements de Nice et savait que la Chambre où siégeaient beaucoup d’orléanistes, de légitimiste cléricaux et de bonapartiste allaient l’invalider sous le prétexte qu’il était sujet italien. L’accueil fut houleux : les députés lui crièrent « Le chapeau ! le chapeau ! » ; le peuple couvrit leur voix : « Vive le héros des Deux Mondes ! » ; Garibaldi ne se découvrit pas. Il se dirigea vers le président et lui remit deux billets. Le vieux comte Benoît d’Azy, très conservateur et à demi momifié, déplia les billets et les lut avec satisfaction : « Au ministre de la guerre. Ayant été honoré par le gouvernement de la Défense nationale du commandement d’un Corps d’armée, et voyant ma mission terminée, je demande ma démission. Signé Garibaldi », « Au président de la Chambre. Pour remplir un dernies devoir envers la République, je suis venu à Bordeaux où siègent les représentants de la nation, mais je renonce au mandat dont m’ont honoré divers départements. Signé Garibaldi ».
Il privait ainsi les députés réactionnaires du plaisir de lui infliger l’affront qu’ils projetaient de lui faire ; il évitait surtout à la France de se couvrir de honte. Puis il s’assit et assista en silence à la séance. Quand les débats furent terminées, il se leva, se découvrit et demanda l’autorisation de monter à la tribune pour prononcer une courte allocution. Il désirait simplement recommander à l’Assemblée tous les volontaires étrangers qui avaient combattu pour la France ainsi que les veuves et les orphelins. Le président apostropha violemment Garibaldi « Que voulez vous ? la séance est close ! » Esquiros hurla d’une voix forte « Oh, oh là messieurs, Garibaldi veut parler !! ». Comme les députés faisaient mine de sortir, des cris s’élevèrent des tribunes : « Ecoutez ! Ecoutez ! Vous tremblez d’entendre la vérité !! C’est Garibaldi qui parlera, bous êtes des poltrons !!! ». Le président confirma : « la séance est close ! » les crient redoublèrent : « Comment close !! Députés vendus et peureux ! » et encore « Majorité de manants et d’impérialistes, écoutez la voix de la nation !!! ». le silence se dit mais Garibaldi attendait l’autorisation du président pour parler. Il ne l’obtint pas. Le tumulte reprit et s’amplifia. Le président se couvrit et à se signe, les députés s’esquivèrent sous les insultes qui fusaient des tribunes, Garibaldi laissa tomber à mi-voix : « Ingrate France » et il sortit talonné par le petit M. Thiers. Quand il passa devant le piquet d’honneur, les gardes nationaux se figèrent au garde à vous et lui présentèrent les armes. Thiers, furieux tança l’officier : « pourquoi ? » Celui-ci lui répliqua d’un ton sec et sans réplique : « Garibaldi est député, il s’est battu pour la France et il a pris un drapeau aux Prussiens ». Thiers qui ne s’était battu que dans les bureaux, qui avait jeté les fusiliers marins contre les Niçois et bientôt allait faire massacrer les parisiens durant la Commune, demeura sans voix, blême de rage.
L’hommage du peuple
Au dehors la foule, ignorant l’incident, attendait Garibaldi et lui fit une formidable ovation. Méprisant l’injure qui lui avait été faite et ne voulant pas créer de divisions, il exalta « la république loyale et honnête » et cria « Vive la France républicaine ». Des milliers de voix le suppliaient « ne nous quittez pas, ne nous abandonnez pas ! » Mais la voiture du général se fraya un chemin dans la multitude et il regagna son hôtel ; une délégation de députés de gauche vint, sans succès, le prier de rester : arriva le fils et le secrétaire de Victor Hugo ; une dépêche annonça la venue de Victor Hugo lui-même et de Ledru-Rollin. Mais Garibaldi, ulcéré, repartit dès sept heures pour Caprera via Marseille. Il donna des instructions à ses proches pour secourir les blessés de son armée et demanda que l’on dressa la liste des volontaires étrangers qui s’étaient battus pour la France. A l’embarcadère de Marseille, une autre foule l’attendait. Il prononça un court discours : « Que la France tâche de sauver la république et tout pourra se réparer… ». Ses derniers mots sur le sol français furent : « Vive la République universelle !! » Puis il embarqua pour Gênes et Caprera. Victor Hugo, lui aussi élu député, interpela violemment ses collègues le lendemain à la Chambre et démissionna pour protester contre l’affront faut au héros des Deux-Mondes. Emile Zola condamna violemment les députés de Bordeaux. A Nice, ce fut l’explosion de colère car Garibaldi était vénéré et Nice réduite par les armes venait encore d’être insultée à travers sa personne. Plus tard le député Bergondi se suicida : selon la version officielle il était « mélancolique ». Quand à Piccon, il dut faire profil bas pour ne pas être invalidé et eut à subir les moqueries des députés français qui brocardaient férocement son accent niçois… Le séparatisme était décapité ; pour un temps et en apparence du moins…
Les conséquences aujourd’hui
L’invasion militaire de Nice en 1871 et tous ces événements marquèrent très profondément l’inconscient collectif Niçois, et durant des générations, la détestation du jacobinisme parisien se transmit secrètement dans les familles de vrais Niçois ; exprimée de diverses manières, et aggravée par d’incessantes brimades, elle conduisit les Niçois à cultiver un particularisme indomptable. Il n’est donc pas étonnant qu’un vent de révolte souffle actuellement à Nice ; il est dû à la situation actuelle qui est catastrophique, mais aussi à ce contentieux toujours pendant dont on a oublié les détails, mais qui a laissé un profond sillon dans la conscience nationale niçoise…. Aujourd’hui les Niçois se réapproprient leur histoire, les jeunes demandent des comptes et la liberté pour Nice… D’instinct, ils reprennent le combat de leurs ancêtres, ce qui prouve que l’identité niçoise qui a longtemps couvé sous la cendre est plus solide que jamais ; ni les baïonnettes, ni la falsification de l’Histoire, ni l’assimilation forcée, ni l’implantation massive d’éléments étrangers à Nice, organisée à dessein n’ont pu la détruire… Et le système responsable de toutes ces agressions, indignités et malfaisances va maintenant connaître un retour de flamme juste et mérité…
1108 - 2008 : anniversaire capital pour Nice, il y a 900 ans, les Niçois instauraient une république consulaire indépendante
La L.R.L.N. vient de fêter cet important anniversaire, que la municipalité actuelle évidemment a tenu sous silence, car le souvenir de l’indépendance de Nice n’a rien pour plaire au pouvoir jacobin qui ne tient pas vraiment pas à rappeler aux Niçois que leurs ancêtres furent libres, indépendants et prospères au moment où ils sont étouffés par le centralisme, écrasés d’impôts et au bord de la ruine. A l’époque romaine, Cimiez était la capitale des Alpes-Maritimes et Jules César, connaissant le goût pour l’indépendance qu’avaient les Niçois, les laissa se gouverner selon leurs propres lois. Plus tard ils se rebellèrent constamment contre les féodaux d’autant que les Républiques italiennes maritimes de Gênes et de Pise, cités florissantes, donnaient l’exemple de la démocratie et de la réussite économique.
En 1108 ce goût de la liberté poussa les Niçois à proclamer la République ; ils instaurèrent le municipe consulaire et se gouvernèrent par leurs propres lois, chaque classe de citoyens étant représentée au gouvernement. Les Consuls niçois adoptèrent la toge pisanne et s’inspirèrent des statuts de cette ville pour établir ceux de la cité. Bientôt d’autres cités du Sud firent de même : Arles, Nîmes, Avignon et Marseille. Ces villes constituèrent un moment une fédération pour se protéger des féodaux. Nice s’allia avec Gênes et Pise pour résister aux féodaux et soutint par les armes ses droits à l’indépendance de 1108 à 1388 avant de signer librement la charte de dédition à la Maison de Savoie. Cet épisode totalement occulté de l’histoire de Nice a pourtant été souligné par de nombreux historiens.
Le Chevalier Jean-Baptiste Toselli, célèbre érudit et homme politique niçois, à qui l’on doit, entre autres, le fameux recueil des 3 176 proverbes niçois, écrivit en 1871 : “Nice était sans doute bien importante, puisque Ptolémée qui vivait sous l’empereur Hadrien, parlant des principales villes d’Italie, la nomme immédiatement après la capitale de l’Empire. Au Moyen-âge, Nice ville libre était l’alliée de Gênes et de Pise, tandis qu’elle n’eut avec les peuples au-delà du Var que des relations d’hostilité. Elle eut beaucoup à souffrir des ravages des Lombards et des Sarrasins ; et après un siècle entier de luttes acharnées avec les comtes de Provence, écrasée et contrainte de céder au droit du plus fort, elle sut encore faire respecter sa propre autonomie, et le conquérant n’osa exiger de ses habitants qu’une redevance annuelle qui ne fut presque jamais payée. Enfin, au XIVe siècle, les désordres de la Maison d’Anjou ayant permis à Nice de reconquérir son indépendance, elle en profita pour se donner à la Maison de Savoie.”
L’historien niçois Durante dans son Histoire de Nice parue en 1823 relate ainsi l’époque où les Niçois se gouvernaient eux-mêmes : “L’animosité augmenta, à mesure que la ville de Nice accrut sa puissance par le commerce et les entreprises de la mer. Celle-ci au temps où Strabon écrivait sa géographie, devait avoir acquis une bien grande importance maritime puisque cet auteur, dans sa description des principales et antiques villes de l’Italie, après avoir mis en tête “Roma Regia”, cite immédiatement “Nicaea Massiliensium”, avant même Terracine, Naples, Ancône, Ravenne et autres cités du premier ordre [...] César lui laissa le privilège de se gouverner par ses propres lois et d’élire ses magistrats (Plutarque et Suetone, in vit. Caesar ; Papon Hist. Gen. de la Provence) [...] Les recherches [archéologiques] postérieures semblent prouver l’origine grecque de la ville de Cimiez, et attestent son titre de capitale des Alpes-Maritimes, sous la domination des Empereurs Romains [...] Nous avons trouvé, que dès l’année 1108 Nice portait le titre de “Municipalité”, avait ses magistrats particuliers et jouissait d’une juridiction libre dans toutes les affaires, tant civiles que criminelles. Raimbald d’Orange, seigneur de Castillon, épousa au commencement du onzième siècle Guillelmine Caïs de Nice, laquelle lui apporta en dot plusieurs fiefs dans le comté.
Ce seigneur ayant ainsi acquis le droit de cité, obtint la première magistrature du gouvernement municipal ; on lui adjoignit trois autres collègues, François Raimbaud, Pierre Laugiero et Guillaume Assalit, lesquels reçurent le titre de Consuls. Ils exercèrent en commun la partie administrative ; Raimbald d’Orange, vaillant capitaine de son temps, eut sous son autorité immédiate le commandement de la force armée et l’exécution des lois du pouvoir consulaire. Voilà comment se forma ce gouvernement mixte d’aristocratie et de républicanisme qui se conserva longtemps indépendant, et dont on retrouve encore quelques traces dans l’administration municipale actuelle de la ville de Nice. Elle en puisa les principaux éléments dans les Républiques italiennes, particulièrement celles de Gênes et de Pise, dont l’état florissant invitait les autres peuples à rechercher les mêmes avantages.
Ces idées de prospérité et d’indépendance gagnèrent insensiblement les esprits en Provence, surtout dans les villes maritimes, de sorte que l’affranchissement des communes suivit celui des municipalités fédérées [...] Nice et Pise conclurent par traité du mois d’avril 1115 une alliance offensive et défensive dans lequel on stipula de réunir leurs forces au besoin, non seulement contre le comte Raymond Béranger, mais encore envers et contre tous autres princes et seigneurs qui menaceraient le gouvernement des deux républiques. Les Pisans couvrirent de leurs galères le littoral de la Provence et se montrèrent en même temps sur les rivages de Catalogne ce qui détermina Raymond Béranger à différer l’exécution de ses projets hostiles [...] En 1166 le comte Raymond Béranger fit marcher une puissante armée sur Nice avec l’ordre de réduire la ville dont “les habitants ne méritaient aucun pardon”.
Les Niçois opposèrent à ces forces réunies une opiniâtre résistance [...] Impatient de venger cet affront Raymond Béranger se rendit lui-même sous les remparts de la ville pour exciter le courage de ses soldats [...] Tous les citoyens jurèrent de s’ensevelir sous les ruines de la ville.
Le lendemain les troupes provençales escaladèrent les remparts, ayant le comte à leur tête ; emporté par la soif de vengeance il s’avança imprudemment au plus fort de la mêlée ; percé d’une flèche, il tomba noyé dans son sang. Au bruit de sa mort les assaillants repoussés de tous les côtés levèrent le siège en toute hâte et se sauvèrent de l’autre côté du Var abandonnant presque tous leurs bagages. C’est ainsi que cette victoire inespérée sauva Nice d’un grand désastre et rétablit dans toute sa force le gouvernement républicain et l’autorité consulaire.”
L’exemple de Nice fit tache d’huile ; en 1211 Marseille s’érigea elle aussi en République et elle maintint ces institutions démocratiques jusqu’en 1257, date à laquelle elle fut réduite. Les Niçois eux purent maintenir le Municipe selon le bonheur de leurs armes jusqu’en 1388, date à laquelle ils négocièrent librement un protectorat conditionnel avec le comte de Savoie pour échapper à la Maison d’Anjou et sauver leurs franchises. Nous devons à E. Bremond d’avoir exhumé cet important épisode historique effacé par la propagande jacobine dans La République de Marseille, ouvrage paru en 1905 et édité dans la cité phocéenne. Les titres professionnels de M. Bremond sont intéressant pour d’évidentes raisons : avocat, ancien sous-préfet d’Aix, ancien conseiller municipal d’Aix et de Marseille et conseiller général des Bouches-du-Rhône, membre correspondant de la Société des Sciences et Belles lettres et Arts de Toulon, ex-conseiller de préfecture. C’est donc cet ancien haut fonctionnaire jacobin, ex sous-préfet, qui relate sans sourcilier ce que ses employeurs parisiens ont toujours tenté de cacher. Nous vous livrons ces pages précieuses sur l’histoire de Marseille qui rappellent aussi ce que fut Nice qui s’étant affranchie un siècle auparavant, lui servit de modèle :
“Malgré les savants travaux de MM. Guizot, Thierry, Henri Martin, Michelet, Sismondi et autres, nous entendons encore souvent répéter ces deux affirmations dans les abrégés d’Histoire que l’on met dans les mains des écoliers : Clovis a fondé la monarchie, Louis le Gros a affranchi les communes. N’en déplaise à tous nos professeurs, la monarchie française n’a pas été faite par un homme qui s’appelle Clovis ou Charlemagne et les communes se sont bien affranchies elles-mêmes; on a fait raison de ces mensonges historiques, la France s’est formée par des annexions successives et les communes se sont affranchies par des soulèvements et des insurrections… Mais si l’on a dégagé de ces erreurs, l’histoire des franchises des municipalités du Nord, le même effort n’a pas été fait pour celles du Midi ; le souvenir des anciens municipes était cependant bien plus vivant dans les anciennes colonies grecques et romaines. Enrichies par le commerce, exaltées par l’exemple des républiques italiennes, les villes du Midi firent des tentatives sinon plus énergiques, au moins plus heureuses et quelques unes atteignirent, pour un certain temps, la plénitude de cette organisation républicaine qui était l’idéal auquel aspiraient les communes du Nord et du Midi. Sans vouloir faire un tableau général de cette exceptionnelle situation il nous sera permis de signaler l’importance que put acquérir au XIIIe siècle la République de Marseille et par quels moyens elle parvint à conquérir son indépendance. Combien de nos concitoyens ignorent qu’à cette époque la ville de Marseille, indépendante et libre, n’obéissait qu’aux lois et institutions qu’elle s’était librement données à elle-même et qui ne le cédaient en rien aux lois des Républiques si vantées de la Grèce et de l’Italie ; qu’elle traitait de puissance à puissance avec les princes souverains et que, lorsqu’elle succomba sous la force, elle obtint encore des conditions qui firent d’elle l’une des communes les plus libres de France ; nous avons voulu signaler cette situation exceptionnelle ; d’autres, nous l’espérons, suivront notre exemple et nous donneront l’histoire des villes de Nice, d’Arles, d’Avignon, de Nîmes… C’est une erreur de croire que tout a été créé par les hommes de 1789…”
Ce préfet historien en décrivant les libertés de Marseille de 1211 à 1257 décrit aussi celles de Nice, de 1108 à 1388 et qui perdurèrent ensuite sous forme d’importantes franchises jusqu’à 1860, après la dédition à la maison de Savoie. Mais si Marseille devint l’une des communes les plus libres de France, Nice fut écrasée par l’Empire qui l’annexa en 1860, puis par le pouvoir jacobin qui la réduisit à l’état de colonie et la plaça sous la tutelle économique et administrative de Marseille…
La L.R.L.N. a répondu aux voeux de beaucoup de Niçois à la recherche de leur histoire effacée par la propagande jacobine, en exhumant ce passé glorieux. Il convenait d’honorer la clairvoyance et l’esprit démocratique de nos lointains ancêtres à une époque où l’Europe vivait sous la dictature des grands féodaux. En cette année 2008 qui marque le 900e anniversaire de l’instauration de la République Niçoise, et qui voit la faillite du pouvoir qui nous gouverne, les Niçois peuvent mesurer toutes les occasions de prospérité économique qu’ils perdirent, quand on leur confisqua le droit de se gouverner euxmêmes. Tous les pays d’Europe sont fédéra
28 septembre 1388, la Dédition de Nice à la Savoie
Cette importante date de l’histoire de Nice a été remise en lumière, le 28 septembre 2003, quand la Ligue pour la Restauration des Libertés niçoises (L.R.L.N.) et la Ligue Savoisienne ont symboliquement renouvelé l’antique pacte devant l’abbaye de Saint-Pons. Depuis, beaucoup de ceux qui sont à la recherche de supports médiatiques ont communiqué autour de cette date. Par méconnaissance de l’histoire de Nice, ils ont déformé le sens originel de cet événement. Les uns ont prétendu que c’était la date de naissance de l’identité niçoise, alors que Nice existait déjà depuis près de 2 000 ans et que la cité avait proclamé son indépendance en 1108 ; d’autres que Nice voulait ainsi se protéger des pirates barbaresques et tout à l’avenant. La dédition est devenue le support de tous les fantasmes et l’on a même pu voir récemment dans le monopole de presse un article intitulé : “Quand le comté de Nice s’est donné à la maison de Savoie” ! Notre histoire est passée à la moulinette et assaisonnée aux goûts d’ignorants ou pire, de ceux qui désirent panpagnatiser notre identité. Il convient donc d’expliquer ce que fut réellement la dédition de 1388.
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Nice s’est toujours rebellée contre les féodaux provençaux qui voulaient l’asservir. En 1108, elle franchit définitivement le pas en proclamant son indépendance. Plusieurs fois envahie par la suite, elle se révolta à nouveau et rétablit le municipe. Après le décès de Louis d’Anjou en 1384 et l’assassinat de Charles de Duras roi de Sicile et de Hongrie en 1386, les tuteurs de leurs héritiers se disputèrent la Provence ; les Niçois avaient choisi Ladislas de Duras, car son père leur avait conservé toutes les franchises municipales. En 1388, la Maison d’Anjou, branche cadette de la Maison de France, envoya une puissante armée commandée par le sénéchal de Marles pour réduire Nice. Mais Ladislas et sa tutrice la reine Marguerite, assiégés dans Gaète, ne pouvaient protéger Nice des Angevins. Marguerite donc donna l’autorisation aux émissaires niçois de traiter selon leurs souhaits. Le comte de Beuil, gouverneur de Nice, après l’avis du grand Conseil, négocia avec le comte de Savoie. L’armée angevine campait déjà devant Saint-Paul de Vence, quand le comte de Savoie arrivant par les cols, établit son camp à Saint-Pons. Une assemblée plénière des habitants fut convoquée, et après avoir délibéré “a tiertia usque ad vesperas” (de la 3ème heure jusqu’aux vêpres) les Niçois décidèrent de traiter avec le comte de Savoie.
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Leurs délégués se rendirent à Saint-Pons et établirent avec le nouvel allié une charte déclinée en 34 articles. En échange de sa protection, les Niçois accordaient un protectorat conditionnel au comte de Savoie. La charte était signée pour trois ans, pour le cas où le roi Ladislas aurait la possibilité de revenir aider militairement Nice ; passé ce délai, la charte de dédition serait renouvelée. Les principaux articles de la charte indiquent que jamais le comte ni ses successeurs ne pourraient céder Nice à quiconque et encore moins au roi de France ou à la Maison d’Anjou ; que Nice conserverait ses franchises et privilèges, qu’elle en obtiendrait de nouveaux, que sa place forte ne pourrait être livrée qu’avec l’accord de ses chefs militaires, que divers privilèges juridiques régaliens lui seraient conservés, ainsi que diverses autres dispositions garantissant les droits des Niçois. Il était précisé qu’en cas de violation de la charte, les Niçois pourraient se révolter sans être taxés de rebelles.
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La Charte fut renouvelée trois ans plus tard, et Nice demeura liée volontairement aux chefs de la Maison de Savoie jusqu’en 1860. La dédition n’eut donc pas pour objet de fonder un “comté de Nice” ; aucun article ne fait mention d’une telle volonté, ni même ne décline ce terme. Plus tard les Savoie employèrent cette appellation d’honneur dans leurs titulatures, sans qu’aucune lettre patente officielle ne légalise l’érection du Pays de Nice en “comté”, formalité impérative en droit féodal. L’identité niçoise existait depuis longtemps et la République consulaire niçoise de 1108 avait établi les statuts de la ville, se gouvernait elle-même et passait des traités. La dédition à la Savoie n’eut que deux objets : échapper à la domination de la Maison d’Anjou, au roi de France et à tout autre féodal, tout en conservant et augmentant les franchises et libertés des Niçois.
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Rappelons le palmarès de Napoléon III le Petit...
Le maire de Nice a pris, avant même que d’être élu, la tête d’une camarilla parisienne faussement intellectuelle, faussement érudite, à la recherche de la médiocre notoriété médiatique que peut donner notre temps qui ne vit que de trompeuses apparences ; cette coterie de salon, éloignée des préoccupations populaires, prétend faire réhabiliter le dictateur sous prétexte que ce personnage ne devrait son affreuse réputation qu’à la vindicte de Victor Hugo qui le surnomma “Napoléon le Petit”. Mais ce ne sont pas seulement Victor Hugo, Henri Rochefort, Victor Noir ni des centaines d’autres qui l’ont flétri, qui ont jeté “l’Homme du Deux-Décembre” dans les poubelles de l’Histoire, ce sont ses actes, tout simplement.
Cet individu qui institua un régime dictatorial et “tripoteur” comme on disait à l’époque, ne fit que profiter politiquement et financièrement de l’essor industriel dû aux inventions et aux progrès techniques du XIXe siècle. On peut résumer sa vie et son œuvre à une longue suite de forfaits, de trahison, de catastrophes et de sang : 1836 tentative de coup d’Etat à Strasbourg : exil aux Etats-Unis ; 1840 tentative de coup d’Etat à Boulogne : captivité au fort Ham ; 1846 évasion ; élu député puis président de la république en 1848, jure fidélité à la Constitution ; 2 décembre 1851 coup d’Etat qui renverse la république ; Le putschiste avait fait réquisitionner la veille 25 millions à la Banque de France et distribua cette fortune à ses complices, aux généraux et aux soldats. Féroce répression : selon les chiffres « officiels » plus de 400 morts à Paris sur les barricades et 300 fusillés, 32 départements en état de siège, colonnes infernales qui pourchassaient les républicains résistants en province, lesquels étaient fusillés, emprisonnés ou envoyés au bagne. Luttes féroces dans une vingtaine d’entre eux dont la Drôme, l’Hérault, le Var et les Basses Alpes ; 26 642 personnes arrêtées ou poursuivies, 20 000 condamnées à diverses peines, dont : 239 déportées à Cayenne, 9 530 déportées en Algérie, 1 545 condamnées à l’éloignement, ou à l’expulsion, 2 804 condamnées à l’internement. Jules Simon écrivit que “ces chiffres officiels étaient inférieurs de plus de la moitié à la réalité”. La représentation nationale fut décapitée : 4 députés déportés à Cayenne, 1 en Algérie, 84 expulsés de France avec interdiction de revenir sous peine de déportation (dont Victor Hugo et Schoelcher), 18 éloignés et assignés à résidence. L’un des premiers actes du dictateur fut de rétablir la peine de mort que la république de 1848 avait abolie. Le dictateur ne se maintint au pouvoir que par la censure de la presse, les lois et tribunaux d’exception, les candidatures officielles et les plébiscites truqués. Le 18 juillet 1870, alors que l’Empire était soi disant devenu “libéral” 49 opposants, enchaînés comme du bétail, furent traînés devant le tribunal d’exception de Blois pour complot ; le grand patriote et érudit Niçois Henri Sappia qui était du nombre fut condamné sans preuves à 15 ans de prison ! Et M. Estrosi, à qui il faut rappeler qu’un boulevard à Nice porte le nom d’Henri Sappia, se récrie quand Victor Hugo nomme le tyran : Napoléon le Petit ! Si l’on honore à Nice Napoléon le Petit, il faudra voiler les plaques qui portent les noms de Garibaldi et d’Henri Sappia, qui eux sont de vrais héros niçois. Qui réécrit l’His-toire, Victor Hugo qui l’a vécue et subie comme tant de républicains où la camarilla que préside M. Estrosi ? Mais ils ne parviendront pas à transformer une histoire écrite avec le sang en histoire à l’eau de rose. Quand on lit seulement vingt pages au hasard du Napoléon le Petit, histoire d’un crime de Hugo, qui relate la sauvagerie de la répression lors du coup d’Etat, on regrette instantanément que cet homme n’ait pas été châtié comme il le méritait. Ceux qui veulent s’éclairer sur le personnage doivent absolument lire cet ouvrage. Donnons encore quel-ques détails sur la moralité du régime dont M. Estrosi vente les “vertus”. Pendant qu’Eugénie surnommée “Chiffons” (qui disposait d’un train spécial aménagé avec un luxe oriental) dépensait des fortunes pour enrichir ses écrins de bijoux et entassait des monceaux de toilettes dans des galeries entières des Tuileries, Morny, demi-frère du dictateur (que le coup d’état du 2 décembre avait sauvé d’une banqueroute personnelle imminente) fit une fortune dans l’agiotage et les opérations sur les Chemins de fer ; il diffusa aussi les fameux bons “Jecker” qui provoquèrent la guerre du Mexique. Le duc de Persigny fit tout autant. Il se nommait Fialin et son titre ducal fut la récompense de son active complicité lors du coup d’Etat. La vie privée de Napoléon III fut déplorable du début à la fin et la France par le biais de la liste civile désintéressa ses anciennes maîtresses, entretint celles du moment, ainsi que les nombreux enfants illégitimes qu’il n’avait pas reconnus ; en 1869 il titra l’un d’eux comte d’Orx et lui offrit un domaine de 1 200 hectares… A ce sommaire mais édifiant palmarès il faut rajouter la désastreuse guerre du Mexique engagée pour une sordide affaire d’argent (La dette Jecker) et qui, outre le sang versé, ruina beaucoup de porteurs français souscripteurs de sociétés mirifiques mon-tées au Mexique par des officines proches du trône. Napoléon finit par retirer ses troupes et sans état d’âme laissa fusiller Maximilien qu’il avait persuadé d’accepter la couronne Mexicaine ; à son insu, l’éphémère et naïf souverain lui avait servi d’homme de paille. La guerre contre la Prusse, qui se terminera par la honteuse capitulation à Sedan, l’invasion de la France, le siège de Paris pendant lequel la population en fut réduite à marger les rats, une énorme indemnité de guerre, la perte de l’Alsace et de la Lorraine qui provoqua la guerre de 14-18, l’humiliante proclamation de l’Empire Allemand à Versailles dans la galerie des Glaces, et l’explosion populaire qui provoqua la Commune. Déchu, celui avait pris pour devise “L’Empire, c’est la Paix” et n’avait fait que des guerres sera libéré par les Prussiens après quelques mois de séjour doré dans un château où entouré de quelques maréchaux prisonniers formant sa cour, il pouvait recevoir et correspondre à sa guise. Exilé en Angleterre, après avoir renversé la république, ruiné et amoindri et humilié la France, l’empereur déchu complotait toujours. Un nouveau coup d’Etat était prévu au printemps 1873 à Lyon avec la complicité du général Bourbaki, gouverneur militaire de la ville (rappelons qu’en pleine guerre Bourbaki s’était enfui en Suisse avec ses troupes, pendant que Garibaldi prenait un drapeau aux Prussiens)… Usé par les plaisirs et une vie des plus dissolue, le césar de pacotille souffrait aussi de la maladie de la pierre ; ceci contrariait ses projets car cette affection lui interdisant de monter à cheval, condition indispensable pour haranguer les troupes casernées à Lyon. Afin d’être opérationnel au printemps, il décida imprudemment de se faire opérer à la hâte au début de l’année, trois fois à quelques jours d’intervalle ; il décéda sur la table d’opération le 9 janvier 1873, davantage victime de son ambition maladive et des abus, que de la maladie. Le hasard, sous la forme d’un bistouri anglais évita à la France un nouveau coup d’Etat. Que pourrions-nous mettre à son actif ? Il fit abattre d’anciens îlots pour tracer les grands boulevards à Paris ? Mais c’était dans le but premier d’éviter les barricades et de pouvoir faire manœuvrer ses troupes en cas d’émeute ; le canal de Suez et les Chemins de fer ? C’était pour procurer d’immenses profits aux banques, soutiens du régime à ses complices et à lui-même. Il a fini, par octroyer le droit de grève ? Oui mais en interdisant aux ouvriers le droit d’association ; il a gouverné légalement par plébiscites ? Oui, mais ils étaient truqués ; il y avait pourtant des élections ? Oui, mais il désignait des “candidats officiels” qui disposaient de tous les moyens coercitifs et financiers des préfectures… On pourrait continuer longtemps l’énumération. Ce régime fut corrompu à un tel point que les souverains furent même méprisés et abandonnés par ceux qu’ils couvraient d’or. A la chute du régime, l’impératrice ne trouva pas, parmi tous ces profiteurs galonnés et empanachés, une seule personne pour l’aider et la protéger, pas une ! Elle demanda effrayée : “Mais où sont les bonapartistes ?” On lui répondit pudiquement : “Ils sont à la guerre”… C’est l’ambassadeur d’Autriche, qui la conduisit dans la rue, appela un fiacre et disparut ! Jetée sur le pavé comme un encombrant paquet alors que la foule envahissait les Tuileries, elle erra de porte en porte… Elles demeurèrent closes. Son manque de dignité fut tel qu’elle finit par s’asseoir sur un perron pour attendre… son dentiste ! Etant Américain et politiquement neutre il la reçut et la cacha. Sa fuite vers l’Angleterre fut tout aussi lamentable. Marie-Antoinette fut extrêmement digne dans la charrette qui la conduisait à l’échafaud et certains de ses partisans tentèrent sans succès de la faire fuir, Louis XVI trouva des nobles, des Suisses, et des gardes du corps pour mourir pour lui le 10 août aux tuileries, Charles X embarqua à Boulogne pour l’exil entouré de 20 000 hommes, des troupes fidèles s’étaient proposées pour protéger Napoléon 1er lors de sa seconde abdication… Et bien Eugénie, reine des fêtes de l’Empire, entourée de Maréchaux, de généraux, de ministres, de préfets, d’ambassadeurs, d’archevêques, passant des revues, acclamée par une claque composée de policiers civils, ne trouva personne…
De Prusse, Napoléon le Petit écrivit à son épouse exilée en Angleterre : “Lors-que je serai libre, je voudrai aller vivre avec toi et Louis dans un petit cottage avec des bow-windows et des plantes grimpantes. Je me suis amusé à faire un budget qui correspondrait à ce que nous pourrions avoir de revenus je te l’envoie…” ; quelle grandeur d’âme ! pendant que le responsable de la catastrophe pensait à son magot et aux plantes grimpantes, dans Paris assiégée, on mangeait des rats… Ceux qui veulent “réhabiliter” un tel homme, un tel régime, ont une très curieuse idée de la démocratie, et quand il s’agit du maire de Nice, les Niçois peuvent légitiment s’inquiéter.
Ce régime corrompu jusqu’à moelle était déconsidéré et méprisé même par ceux qui le composaient et en tiraient profit. Ce détail est loin d’être négligeable, il confirme sa véritable nature : une association d’escrocs assoiffés de profits, de comploteurs toujours à l’affût d’un avancement, de militaires qui rêvent de guerre et de commandements, de juristes prêts à trahir les lois, des ministres serviles qui suivent l’homme qui peut les élever encore plus haut… Et un prince-président qui coordonne toute cette cour des miracles des beaux quartiers pour renverser la République dans un bain de sang. Les opposants qui ne sont pas morts sont exilés, le peuple est muselé d’une main de fer, les libertés sont supprimées, les élections sont truquées et durant dix huit ans tout ce beau monde entasse les profits, les honneurs, les places, les prébendes, plastronne à l’opéra, ne boit que du champagne millésimé et entretient des ballerines… Un capitaine coule avec son bateau, mais ce régime-là, s’effondre dans la honte d’une capitulation sans gloire et tout le monde se volatilise instantanément, comme des malfaiteurs à la vue du gendarme… Quand le décor s’effondre, l’impératrice de ce grand bal des vanités, de la concupiscence, de la trahison et du déshonneur, se retrouve seule, abandonnée sur le pavé de Paris. Mais la régente de l’empire, dans un dernier élan de grandeur sublime, pensant aux armées défaites, aux soldats morts, aux prisonniers qui manquaient de tout, à la France envahie, à Paris menacée, avait pris la veille de sa fuite… la précaution de faire mettre ses malles de bijoux à l’abri dans une ambassade étrangère ! Tout est perdu, le pays est par terre, sauvons la caisse…



