Gérald Andrieu - Marianne | Mercredi 24 Juin 2009

On disait le maire de Nice à l'Intérieur, il atterrit finalement à l'Industrie. Un poste qui lui va comme une moufle!

«Ça n’avance pas. La faute à Estrosi. MAM ne veut pas bosser avec lui ! » Hier soir, une heure seulement avant que Claude Guéant ne vienne annoncer le nom des nouveaux ministres sur le perron de l’Elysée, dans les couloirs du château, on ne cachait pas sa désolation. Il est fort le député-maire de Nice : pas encore en fonction que déjà il se révélait tel qu'il est vraiment.

Un fidèle parmi les fidèles du président ? Non, plutôt un boulet solidement accroché à la cheville de son maître à penser. C’est qu’aussi dérangeant soit-il, il fallait bien le caser quelque part

le « Motodidacte ». Son département vote comme un seul homme ou presque pour l’UMP et, depuis des mois, il veut un poste, que ce soit à la tête du parti ou au gouvernement. Mais à chaque fois, il fait chou blanc. Cette nouvelle équipe plus sarkozyste que jamais, c’était l’occasion ou jamais de le recaser. On lui avait d’ailleurs réservé un secrétariat d’Etat à la sécurité publique. Du coup, « Bac -5 » avait potassé plus qu’à son habitude : réception de l’Omnipotent à Nice sur le thème de la sécurité, loi sur les bandes, etc.

Las, MAM qui écope de la Justice et du label « ministre d’Etat » aura eu raison de ce pauvre Estro qui hérite, lui, de
l’Industrie. Un domaine que ce « bébé Jacques Médecin » connaît sur le bout des doigts : il est l’élu d’un département — les Alpes-Maritimes — qui est un véritable bassin industriel ! Tout le monde a entendu parler des fameux chantiers navals de Juan-les-Pins, des hauts-fourneaux de Saint-Paul-de-Vence et des corons de Cannes ! Au mieux, on pourra compter sur lui pour être ministre de l’Industrie touristique, des loisirs et du sport. Car depuis qu’il est arrivé aux commandes de la ville de Nice (il avait d’ailleurs promis à ses habitants qu’il ne se « consacrerait » qu’à elle tant qu'elle ne se serait pas redressée !), il a de bonnes idées pour rendre son prestige à la capitale azuréenne. De bonnes idées qui, invariablement, se transforment en ruineux échecs : Nice, capitale européenne de la culture en 2013 ? Loupé. Nice accueillant les Jeux olympiques d’hiver en 2018 ? Loupé. Sa nouvelle lubie ? L’Euro 2016 de football. Tout le monde y croit…

Tout ça serait risible si seulement l’Industrie n’était pas un poste clé en période de crise. Tout cela serait risible si seulement Christian Estrosi ne devait pas, aussi, travailler étroitement avec Patrick Devedjian chargé de la Relance. C’est que les deux hommes entretiennent d’excellentes relations nées d’un… respect mutuel ! Qui en mars 2008 déclarait à
l’Express à propos de l’UMP : « Il n’y a plus de chef d’orchestre ! (…) Notre mouvement ne tient plus le rythme. Son âme et son esprit sont dénaturés. L’UMP d’aujourd’hui n’est plus l’UMP de Nicolas Sarkozy » ? Qui, encore, affirmait au Point en mai 2008 : « Le parti n'est pas utile à Nicolas Sarkozy aujourd'hui, alors qu'il devrait être le garant de ses engagements. Il n'est pas non plus utile dans la vie politique parce qu'il y a un vrai problème d'organisation, de débat interne et de confrontation des idées » ? C'est un certain Christian Estrosi. Le secrétaire général de l’UMP s'appelait alors Patrick Devedjian…

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