Jeanne Augier, la propriétaire du Negresco, se fait « du mauvais sang » depuis l’annonce du projet de deuxième ligne du tramway. Si le tracé emprunte le front de mer, le palace emblématique de la Promenade n’y survivra pas, prévient-elle.

Que pensez-vous du projet ?

Jeanne Augier : Je trouve que c’est une erreur monumentale. La pire des conneries pour la promenade des Anglais.

Etes-vous contre le tramway ?

J. A. : Pas du tout. C’est un moyen de transport confortable et pratique que j’ai moi-même eu l’occasion d’emprunter. Pas très souvent car je voyage essentiellement entre le sous-sol et le sixième étage du Négresco…

Alors, pourquoi ce refus ?

J. A. : Qui n’a jamais rêvé d’admirer la promenade des Anglais ? Cette artère est connue partout, elle a lancé le tourisme sur la Côte d’Azur. Et le Négresco est l’emblème avec une notoriété comparable à celle de la Tour Eiffel. Si l’on y fait un tramway, c’est foutu.

Foutu ?

J. A. : Deux ans et demi à trois ans de travaux, c’est très grave. Les hôtels de la Promenade fermeront leurs portes. Ce n’est pas pensable pour l’avenir de cette ville. Pensez-vous que les touristes auront envie de venir au milieu des travaux ? Il ne faut surtout pas détruire ce que les clients du monde entiers viennent chercher. S’’il nous font l’honneur de dépenser chez nous leurs, c’est pour emporter au moins ce souvenir de la France.

Le Negresco est-il si fragile ?

J. A. Quand je l’ai repris, en 1957 , l’hôtel était en faillite . il n’y avait plus que 76 employés et une grande partie de la maison avait été revendue en appartements. Dans les couloirs, on voyait la trame de la moquette tant sa laine était au bout du rouleau. Quand on a passé sa vie à se battre, c’est vraiment dramatique de voir qu’une idée désastreuse peut venir tout ruiner.

Votre palace ne peut-il survivre aux travaux ?

Je vais avoir 86 ans. Je ne suis pas une orgueilleuse, je n’ai jamais été intéressée par le fric et ne n’emporterai rien avec moi quand je serai deux mètres sous terre, à Caucade. Mais je suis fière d’avoir sauvé le Negresco qui fêtera bientôt son centenaire. Or, il me sera impossible de faire face aux salaires et aux autres charges si les travaux débutent sur la Promenade. Ke rappelle que l’hôtel fait vivre 260 familles.

En avez-vous parlé avec le maire Christian Estrosi ?

J.A. Vous ne voudriez pas qu’il se donne cette paine ? Je ne lui ai jamais demandé de venir me remercier d’avoir fait du Negresco ce qu’il est. Mais je trouve que la moindre des corrections aurait était de me faire part de son projet.