La L.R.L.N. vient de fêter cet important anniversaire, que la municipalité actuelle évidemment a tenu sous silence, car le souvenir de l’indépendance de Nice n’a rien pour plaire au pouvoir jacobin qui ne tient pas vraiment pas à rappeler aux Niçois que leurs ancêtres furent libres, indépendants et prospères au moment où ils sont étouffés par le centralisme, écrasés  d’impôts et au bord de la ruine. A l’époque romaine, Cimiez était la capitale des Alpes-Maritimes et Jules César, connaissant le goût pour l’indépendance qu’avaient les Niçois, les laissa se gouverner selon leurs propres lois. Plus tard ils se rebellèrent constamment contre les féodaux d’autant que les Républiques italiennes maritimes de Gênes et de Pise, cités florissantes, donnaient l’exemple de la démocratie et de la réussite économique.

En 1108 ce goût de la liberté poussa les Niçois à proclamer la  République ; ils instaurèrent le municipe consulaire et se gouvernèrent par leurs propres lois, chaque classe de citoyens étant représentée au gouvernement. Les Consuls niçois adoptèrent la toge pisanne et s’inspirèrent des statuts de cette ville pour établir ceux de la cité. Bientôt d’autres cités du Sud firent de même : Arles, Nîmes, Avignon et Marseille. Ces villes constituèrent un moment une fédération pour se protéger des féodaux. Nice s’allia avec Gênes et Pise pour résister aux féodaux et soutint par les armes ses droits à l’indépendance de 1108 à 1388 avant  de signer librement la charte de dédition à la Maison de Savoie. Cet épisode totalement occulté de l’histoire de Nice a pourtant été souligné par de nombreux historiens.

Le Chevalier Jean-Baptiste Toselli, célèbre érudit et homme politique niçois, à qui l’on doit, entre autres, le fameux recueil des 3 176 proverbes niçois, écrivit en 1871 : “Nice était sans doute bien importante, puisque Ptolémée qui vivait sous l’empereur Hadrien, parlant des principales villes d’Italie, la nomme immédiatement après la capitale de l’Empire. Au Moyen-âge, Nice ville libre était l’alliée de Gênes et de Pise, tandis qu’elle n’eut avec les peuples au-delà du Var que des relations d’hostilité. Elle eut beaucoup à souffrir des ravages des  Lombards et des Sarrasins ; et après un siècle entier de luttes acharnées avec les comtes de Provence, écrasée et contrainte de céder au droit du plus fort, elle sut encore faire respecter sa propre autonomie, et le conquérant n’osa exiger de ses habitants qu’une redevance annuelle qui ne fut presque jamais payée. Enfin, au XIVe siècle, les désordres de la Maison d’Anjou ayant permis à Nice de reconquérir son indépendance, elle en profita pour se donner à la Maison de Savoie.”

L’historien niçois Durante dans son Histoire de Nice parue en 1823 relate ainsi l’époque où les Niçois se gouvernaient eux-mêmes : “L’animosité augmenta, à mesure que la ville de Nice accrut sa puissance par le  commerce et les entreprises de la mer. Celle-ci au temps où Strabon écrivait sa géographie, devait avoir acquis une bien grande importance maritime puisque cet auteur, dans sa description des principales et antiques villes de l’Italie, après avoir mis en tête “Roma Regia”, cite immédiatement “Nicaea Massiliensium”, avant même Terracine, Naples, Ancône, Ravenne et autres cités du premier ordre [...] César lui laissa le privilège de se gouverner par ses propres lois et d’élire ses magistrats (Plutarque et Suetone, in vit. Caesar ; Papon Hist. Gen. de la Provence) [...] Les recherches [archéologiques] postérieures semblent prouver l’origine grecque de la ville de Cimiez, et attestent son titre de capitale des Alpes-Maritimes, sous la domination des Empereurs Romains [...] Nous avons trouvé, que dès l’année 1108 Nice portait le titre de “Municipalité”, avait ses magistrats particuliers et jouissait d’une juridiction libre dans toutes les affaires, tant civiles que criminelles. Raimbald d’Orange, seigneur de Castillon, épousa au commencement du onzième siècle Guillelmine Caïs de Nice, laquelle lui apporta en dot plusieurs fiefs dans le comté.

Ce seigneur ayant ainsi acquis  le droit de cité, obtint la première magistrature du gouvernement municipal ; on lui adjoignit trois autres collègues, François Raimbaud, Pierre Laugiero et Guillaume Assalit, lesquels reçurent le titre de Consuls. Ils exercèrent en commun la partie administrative ; Raimbald d’Orange, vaillant capitaine de son temps, eut sous son autorité immédiate le commandement de la force armée et l’exécution des lois du pouvoir consulaire. Voilà comment se forma ce gouvernement mixte d’aristocratie et de républicanisme qui se conserva longtemps indépendant, et dont on retrouve encore quelques traces dans l’administration municipale actuelle de la ville de Nice. Elle en puisa les principaux éléments dans les Républiques italiennes, particulièrement celles de Gênes et de Pise, dont l’état florissant invitait les autres peuples à rechercher les mêmes avantages.

Ces idées de prospérité et d’indépendance gagnèrent insensiblement les esprits en Provence, surtout dans les villes maritimes, de sorte que l’affranchissement des communes suivit celui des municipalités fédérées [...] Nice et Pise conclurent par traité du mois d’avril 1115 une alliance offensive et défensive dans lequel on stipula de réunir leurs forces au besoin, non seulement contre le comte Raymond Béranger, mais encore envers et contre tous autres princes et seigneurs qui menaceraient le gouvernement des deux républiques. Les Pisans couvrirent de leurs galères le littoral de la Provence et se montrèrent en même temps sur les rivages de Catalogne ce qui détermina Raymond Béranger à différer l’exécution de ses projets hostiles [...] En 1166 le comte Raymond Béranger fit marcher une puissante armée sur Nice avec l’ordre de réduire la ville dont “les habitants ne méritaient aucun pardon”.

Les Niçois opposèrent à ces forces réunies une opiniâtre résistance [...] Impatient de venger cet affront Raymond Béranger se rendit lui-même sous les remparts de la ville pour exciter le courage de ses soldats [...] Tous les citoyens jurèrent de s’ensevelir sous les ruines de la ville.

Le lendemain les troupes provençales escaladèrent les remparts, ayant le comte à leur tête ; emporté par la soif de vengeance il s’avança imprudemment au plus fort de la mêlée ; percé d’une flèche, il tomba noyé dans son sang. Au bruit de sa mort les assaillants repoussés de tous les côtés levèrent le siège en toute hâte et se sauvèrent de l’autre côté du Var abandonnant presque tous leurs bagages. C’est ainsi que cette victoire inespérée sauva Nice d’un grand désastre et rétablit dans toute sa force le gouvernement républicain et l’autorité consulaire.”

L’exemple de Nice fit tache d’huile ; en 1211 Marseille s’érigea elle aussi en République et elle maintint ces institutions démocratiques jusqu’en 1257, date à laquelle elle fut réduite. Les Niçois eux purent maintenir le Municipe selon le bonheur de leurs armes jusqu’en 1388, date à laquelle ils négocièrent librement un protectorat conditionnel avec le comte de Savoie pour échapper à la Maison d’Anjou et sauver leurs franchises. Nous devons à E. Bremond d’avoir exhumé cet important épisode historique effacé par la propagande jacobine dans La République de Marseille, ouvrage paru en 1905 et édité dans la cité phocéenne. Les titres professionnels de M. Bremond sont intéressant pour d’évidentes raisons : avocat, ancien sous-préfet d’Aix, ancien conseiller municipal d’Aix et de Marseille et conseiller général des Bouches-du-Rhône, membre correspondant de la Société des Sciences et Belles lettres et Arts de Toulon, ex-conseiller de préfecture. C’est donc cet ancien haut fonctionnaire jacobin, ex sous-préfet, qui relate sans sourcilier ce que ses employeurs parisiens ont toujours tenté de cacher. Nous vous livrons ces pages précieuses sur l’histoire de Marseille qui rappellent aussi ce que fut Nice qui s’étant affranchie un siècle auparavant, lui servit de modèle :

“Malgré les savants travaux de MM. Guizot, Thierry, Henri Martin, Michelet, Sismondi et autres, nous entendons encore souvent répéter ces deux affirmations dans les abrégés d’Histoire que l’on met dans les mains des écoliers : Clovis a fondé la monarchie, Louis le Gros a affranchi les communes. N’en déplaise à tous nos professeurs, la monarchie française n’a pas été faite par un homme qui s’appelle Clovis ou Charlemagne et les communes se sont bien affranchies elles-mêmes; on a fait raison de ces mensonges historiques, la France s’est formée par des annexions successives et les communes se sont affranchies par des soulèvements et des insurrections… Mais si l’on a dégagé de ces erreurs, l’histoire des franchises des municipalités du Nord, le même effort n’a pas été fait pour celles du Midi ; le souvenir des anciens municipes était cependant bien plus vivant dans les anciennes colonies grecques et romaines. Enrichies par le commerce, exaltées par l’exemple des républiques italiennes, les villes du Midi firent des tentatives sinon plus énergiques, au moins plus heureuses et quelques unes atteignirent, pour un certain temps, la plénitude de cette organisation républicaine qui était l’idéal auquel aspiraient les communes du Nord et du Midi. Sans vouloir faire un tableau général de cette exceptionnelle situation il nous sera permis de signaler l’importance que put acquérir au XIIIe siècle la République de Marseille et par quels moyens elle parvint à conquérir son indépendance. Combien de nos concitoyens ignorent qu’à cette époque la ville de Marseille, indépendante et libre, n’obéissait qu’aux lois et institutions qu’elle s’était librement données à elle-même et qui ne le cédaient en rien aux lois des Républiques si vantées de la Grèce et de l’Italie ; qu’elle traitait de puissance à puissance avec les princes souverains et que, lorsqu’elle succomba sous la force, elle obtint encore des conditions qui firent d’elle l’une des communes les plus libres de France ; nous avons voulu signaler cette situation exceptionnelle ; d’autres, nous l’espérons, suivront notre exemple et nous donneront l’histoire des villes de Nice, d’Arles, d’Avignon, de Nîmes… C’est une erreur de croire que tout a été créé par les hommes de 1789…”

Ce préfet historien en décrivant les libertés de Marseille de 1211 à 1257 décrit aussi celles de Nice, de 1108 à 1388 et qui perdurèrent ensuite sous forme d’importantes franchises jusqu’à 1860, après la dédition à la maison de Savoie. Mais si Marseille devint l’une des communes les plus libres de France, Nice fut écrasée par l’Empire qui l’annexa en 1860, puis par le pouvoir jacobin qui la réduisit à l’état de colonie et la plaça sous la tutelle économique et administrative de Marseille…

La L.R.L.N. a répondu aux voeux de beaucoup de Niçois à la recherche de leur histoire effacée par la propagande jacobine, en exhumant ce passé glorieux. Il convenait d’honorer la clairvoyance et l’esprit démocratique de nos lointains ancêtres à une époque où l’Europe vivait sous la dictature des grands féodaux. En cette année 2008 qui marque le 900e anniversaire de l’instauration de la République Niçoise, et qui voit la faillite du pouvoir qui nous gouverne, les Niçois peuvent mesurer toutes les occasions de prospérité économique qu’ils perdirent, quand on leur confisqua le droit de se gouverner euxmêmes. Tous les pays d’Europe sont fédéra