Interview d'Alain Roullier, président de la LRLN

Alors, l'union est faite que ressentez-vous ?

Une très grande satisfaction pour Nice. Vivre constamment dans les querelles n'apporte rien, si cela ne fait pas avancer les choses un jour. Les confrontations ont été très utiles, mais elles n'étaient pas évidemment pas une fin en soi. L'objet de la Ligue est la restauration des libertés niçoises et les premières d'entre elles sont la reconnaissance officielle de l'identité niçoise et la mise en oeuvre des moyens de sa pérénnisation.

Comment cette union s'est-elle articulée ?

Très simplement : la Ligue est un rassemblement de Niçois, l'Entente républicaine également; ces deux tendances différentes de la société niçoises ont décidé de s'unir pour combattre et refouler le candidat jacobin qui représente le pouvoir parisien. Dans cette union, chacun reste ce qu'il est, M. Peyrat n'a pas adhéré à la Ligue et je n'ai pas adhéré à l'Entente. Nous sommes sur un pied d'égalité et nous nous respectons en tant qu'alliés. Nous avons mis nos moyens en commun pour faire barrage à M. Estrosi et ensuite pour diriger Nice, en tenant comptes des souhaits des deux parties. Jacques Peyrat, trahi par Paris, est libre; ne désirant s'allier ni à la gauche, ni à la droite extrême, il a préféré s'allier avec nous; quoi de plus naturel que le maire s'allie avec les forces niçoises populaires et apolitiques; il en a eu conscience. S'allier avec nous qui l'avons si souvent attaqué prouve qu'il a placé l'intérêt de Nice au-dessus de son déplaisir. Nous avons fait de même, l'intérêt supérieur de Nice nous a réunis. Nous étions ennemis lorsqu'il représentait Paris et je ne l'ai pas ménagé, maintenant celui qui représente Paris, c'est Estrosi. La Ligue demeure ce qu'elle est : la situation politique du maire a évolué, ce qui a permis d'appeler les Niçois au pouvoir. Il l'a fait le bon choix, car il aurait pu initier d'autres alliances.

Les rapports avec Jacques Peyrat ont-ils été difficiles ?

Oui et non. Oui parce qu'il y avait un important passif, non parce que les enjeux étaient colossaux et que ni lui ni moi n'avions le droit à l'erreur quelles que soit nos humeurs. Devant le danger que représente pour Nice le candidat du jacobinisme parisien pur et dur, nous avons mis, par force, de l'eau dans nos vinaigres respectifs.

Avez-vous changé votre jugement sur Jacques Peyrat ?

Le maire m'a surpris par certains côtés que je ne soupçonnait pas. Je ne l'ai pas ménagé et lui ai posé toutes les questions qui fâchent et qui m'ont dressé contre lui; l'occasion était trop belle, je ne l'ai pas ratée : pourquoi avez-vous abandonné les Niçois en 95 alors qu'ils vous avaient élu contre Paris ? Pourquoi un tramway au lieu d'un métro ? Pourquoi le bicentenaire de Garibaldi a-t-il été raté ? Pourquoi vous êtes-vous pas occupé de l'identité niçoise ? Ect.

Il a répondu à ces questions, très simplement et sans faux-fuyants. Honnêtement, je dois dire que beaucoup de ses réponses m'ont convaincu car elles étaient frappées au coin du bon sens. Je lui ai demandé alors : mais pourquoi n'avez vous pas dit cela aux Niçois ? Il m'a répondu : je ne sais pas communiquer... Certes le maire est assez autoritaire et son passage dans l'armée a accentué le trait, mais je pense que c'est un timide qui se raidit dans une attitude quand il est en public. En le voyant à la télévision, j'avais du mal à reconnaître l'homme avec qui j'avais parlé la veille très librement.

Ce décalage prouve qu'il se compose une attitude... pas toujours heureuse, et il m'a répondu de même. Ce qui m'a déterminé à aller plus loin dans nos relations, c'est l'explication de son attitude en 1995 : la ville de Nice avait une dette de cinq milliards pour un budget de quatre. Elle était en faillite et allait être mise sous tutelle, ce qui eût été catastrophique pour sa gestion, son personnel et son image internationale; l'Etat aurait même pu suspendre le maire et faire diriger Nice par une délégation spéciale nommé par le préfet. Cela a été du donnant donnant, ou la tutelle ou l'adhésion au RPR et l'étalement de la dette ; voilà comment on procède à Paris dans les partis. Il a eu grand tort de ne pas le dire aux Niçois, mais je suppose que le silence devait être une des clauses du marché.

Mais vous a-t-il tout dit ?

Il m'en a dit beaucoup et surtout permis d'en déduire autant. Nous nous sommes donné quelquefois des coups de griffe, car nous avons tous deux forts caractères, mais la raison a vite remis les choses en ordre. A ce propos, je pense qu'il respecte plus un ennemi même virulent qu'un faux ami qui le trahit. J'ai senti, en parlant avec lui, la solitude de maîtriser vraiment ces énormes administrations politiques et économiques dont le profane ne mesure pas la grande complexité. Quand un homme est deux jours par semaine à Paris, au Sénat un ou deux jours à la CANCA et le reste du temps doit recevoir des visiteurs, il est bien évident que beaucoup de choses reposent sur les élus qui l'entourent et l'administration; toutes les personnes imposées par Paris l'ont quitté...Enfin !!!

Maintenant que vous le connaissez, pensez-vous avoir eu raison de la « cabosser » ?

Si je ne l'avais pas fait, certaines choses ne l'auraient sans doute pas interpellé...car il lisait les Nouvelles Niçoises et savait que je n'étais pas fou du tout. Mes protestations pugnaces et répétées traduisait le malaise de la société niçoises. Le danger qui menace Nice nous à tout d'abord rapprochés. S'il y a une chose dont je suis bien certain c'est qu'il a été victime du système parisien, ce système que j'ai toujours condamné. Juppé lui a imposé le tramway, on lui a envoyé ceux qui se sont illustrés par des tentatives de détournement, la composition de sa liste en 2001 idem. Mais tout ceux qui l'ont trahi après avoir passé sept ans à commettre fautes sur fautes lui ont rendu un immense service en le trahissant. Son parti l'a rejeté, c'est un plus grand service encore. Cela lui à permis de renouer avec la société civile, de se rapprocher des Niçois, et cela a permis notre alliance, qui sinon eut été impossible.

Pensez-vous pouvoir travailler avec lui ?

Je le pense. Il n'est pas toujours commode, mais j'avoue que moi non plus. Et puis maintenant nous avons signé un accord public, le cas échéant, il s'y tiendra comme je m'y tiendrai. J'ai pu constater qu'il n'est pas du tout un « ennemi » de l'identité niçois au sens où on l'entend, mais il n'avait que des séides de Paris autour de lui, cela n'a pas arrangé les choses du tout; par exemple le préfet que je nommerai pas qui sévissait à la mairie, et qui entre autres a organisé le bicentenaire de Garibaldi comme vous le savez... c'est-à-dire comme un manche de pioche. Mais il a donné la possibilité à Dédé Truqui de soutenir les anciennes fêtes niçoises, ce dernier l'a fort bien fait ; toujours gai et disponible il s'est épuisé à cette tâche et je tiens à lui rendre publiquement l'hommage qu'il mérite amplement.

J'espère qu'il pourra continuer à oeuvrer avec moi pour notre identité. Le maire a aussi tenté d'organiser les Assises de l'identité niçoise, qui ont capoté parce qu'elles n'avait pas les bases populaires qu'elles eussent dû avoir; qu'elles ne réunissaient qu'un microcosme intellectuel se gargarisant de son prétendu savoir ce qui ne correspond vraiment pas à la convivialité niçoise.

Je crois sincèrement que le maire aurait fait beaucoup plus s'il avait eu autour de lui les gens qui convenaient, mais il ne pouvait pas le faire tout seul, il fallait une équipe motivée et compétente. Il avait déjà prévu la restauration du palais communal et d'autres bons projet et il a accepté la totalité de ce que je lui proposais, immédiatement et de très bonne grâce. Le plus important, étant la création d'une délégation « Patrimoine et identité niçoise » qui officialise enfin notre identité et qui encadre les projet prévus. Il a dit oui immédiatement et de très bonne grâce, parce qu'il a senti que j'aime viscéralement Nice, que j'en ai les compétences et que je m'investirai totalement dans cette tâche.

Pouvez-vous nous livrer un petit secret ?

Je n'ai pas de secret, mais je vais vous dire quelque chose qui me semble très important. Lors de l'inauguration d'un célèbre lieu niçois, un couple a tiré le maire à l'écart pour lui parler; le trio s'est approché de moi, mais ne pouvait me voir et sans le vouloir j'ai entendu leur conversation. Ces gens lui demandaient un avantage, en insistant bien sur le fait qu'ils votaient à Nice. A la demi-seconde, le maire haussant le ton, leur a dit : « Sachez que personne ne peut acheter le maire de Nice par une promesse de vote, personne ! Je vais vous adresser à la personne concernée, j'espère qu'elle pourra vous donner satisfaction, mais je ne vous promet rien. » Je vous avoue que la netteté et la dignité de cette réponse m'a frappé comme un éclaire, car j'aurais fait de même. En pleine campagne électorale, certains que nous connaissons auraient répondu tout autre chose pour s'assurer quelques voix. Depuis ce jour, j'ai la preuve que s'il a des défauts, il a aussi des qualités et un tel fait mérite d'être connu des Niçois en cette époque où règne l'immoralité et où les politiciens promettent n'importe quoi pour être élus.

Que dites-vous à ceux qui sont surpris par cette union ?

Mais ils ne peuvent, je suppose, qu'être surpris agréablement par le résultat obtenu... ou alors, ce sont des ennemis de la cause niçoise et de la Ligue... J'ai expliqué clairement dans ce journal, ce qui se passait. Je sens poindre le grand déplaisir de ceux qui pensaient que la Ligue n'était qu'un chien de chasse qui ferait chuter le maire et rabattrait le gibier à Messieurs Estrosi, Allemand et consort, puis disparaîtrait ensuite... Et, non, nous travaillons pour Nice, non pour les politiciens parisiens. Nous sommes demeurés fidèles à nos principes : nous rejetons les partis : le maire est suspendu de l'UMP et n'a pas d'investiture; nous réclamons que la société civile niçoises entre au conseil municipal : elle va y entrer puisque 90% de la liste est composée de non-politiques ; nous désirons que la Ligue y ait des représentants : elle en aura, soit avec un ou deux élus en cas d'échec de la liste, soit en cas de succès, avec 6 conseillers municipaux au moins, trois adjoints, trois délégation, ce qui en conviendrez, ne ressemble pas à un aumône ; nous désirons que l'identité niçoise soit reconnue : une délégation « Patrimoine et identité niçoise » sera créée avec des budgets, et un programme plus qu'essentiel qui se décline en dix-huit points précis ; nous désirons faire barrage au jacobinisme parisien : nous le faisons en nous opposant à son pire représentant, M. Estrosi. Notre position est donc parfaitement conforme à nos objectifs et personne ne pourra prétendre le contraire.

Que dire-vous à ceux qui ont encore des réticences au sujet du maire sortant ?

Je leur parlerai le langage du bon sens. A ceux qui focalisent sur le maire en tant qu'homme, au point de vouloir sacrifier Nice à leur humeurs même justifiées, je laisserai Garibaldi et Voltaire leur donner la bonne réponse : le premier a dit « il faut faire l'Italie même avec le diable » et le second « Les meilleurs révolutions ne sont pas celles qui chassent les tyrans, mais celles qui les assagissent »... Louis XVI était un humaniste à côté de Robespierre et de Napoléon que la Révolution a installés successivement à sa place...

Dans un long combat, tout est instable et mouvant; il faut prévoir dix coups avant et réévaluer sans cesse les dangers, intégrer instantanément les nouveaux paramètres et surtout ne pas se tromper d'adversaire; ceux qui en retard d'une guerre, veulent se battre avec l'adversaire d'hier, sur le champ de bataille de la veille, vont à la catastrophe, car l'ennemi d'aujourd'hui surgit sans qu'ils l'aient vu venir les avalera tout crû. Je dirais surtout, soyons sérieux et responsables : nous ne sommes plus dans la polémique, si légitime soit-elle nous sommes devant un immense danger : si votre maison brûle, continueriez-vous à vous disputer avec votre voisin que vous détestez, s'il vous propose d'éteindre les flammes avec vous ? Le maire a été trahi et frappé dans le dos, je crois qu'il a beaucoup appris a ses dépens et en a tiré les conséquences. Sa liste est très majoritairement composée de nouveaux venus non marqués politiquement. Il donne à la Ligue largement droit au chapitre, au risque même que nous soyons turbulent avec lui. N'est-ce pas une garantie suffisante ?

Ce combat sera-t-il celui de Nice contre le centralisme parisien ?

Aujourd'hui, il ne faut surtout pas se tromper de combat, il faut que la raison prévale et ne considérer que la finalité des choses, car l'enjeu pour Nice, il faut bien en être conscient, ce n'est pas oui ou non à Jacques Peyrat : c'est oui ou non à Paris et à Estrosi. L'enjeu c'est l'intérêt et l'avenir de Nice, c'est une gestion démagogique des deniers publics qui nous attend et l'identité niçoise qui disparaîtra, si son concurrent direct était élu. Jacques Peyrat, moi-même et beaucoup d'entre vous auront disparu, quand les conséquences d'un vote irréfléchi feront toujours ravages. Avec l'entrée de la Ligue au conseil municipal, les Niçois auront leur mot à dire, et vous savez que je ne suis pas muet... Je demande donc à tous nos amis et sympathisants de se mobiliser en masse pour le combat contre les représentants du jacobinisme parisien. La ville de Ségurane et de Garibali ne doit pas tomber entre leur mains, Ils y infuseraient encore d'avantage les poisons qu'ils ont injectés à la France et dont nous subissons les effets. Nice n'est pas la France et elle résistera. Issa Nissa !